Souci de lit, lit de soucis

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Le lit serait-il important dans la relation de soins que nous entretenons avec nos patients, du moins ceux qui sont alités ? Réfection de lit pourrait-elle se dire réflexion ? Madame Nejma Batikhy nous en donne une fine analyse. (...)

Nejma Batikhy

Madame Nejma Batikhy, infirmière, cadre de santé Hôpitaux-St-Maurice, consultante auprès des professionnels de santé, doctorante en philosophie pratique à l'Université Paris-Est.

 

 

Un lit ? Oui, mais pas un lit quelconque, pas un lit à balustrade drapé de soi, ni un lit romain, en maçonnerie, ni même un lit breton, non rien de tout cela. Il s’agit d’un lit précieux ; précieux, car il accueille en son sein le vulnérable, le faible, celui qui échoue après avoir porté sa croix, dans nos services de soins. Ce support, ce contenant est écrin, lorsqu’autour du malade, des hommes et des femmes ressemblant à des étoiles, s’affairent pour le choyer. Mais nous le savons, la vulnérabilité de celui qui est alité, provoque trop souvent l’assaut de celui qui est debout, du plus fort. Alors, ce réceptacle de réconfort, se transforme en lit de souffrance.

Nous parlerons de la réfection de lit ; certains soignants disent réflexion ! Nous réfléchirons sur la notion du privé et du public, du dedans et du dehors, d’extériorité, d’intériorité. Nous essayerons de cerner la tension, voire la contradiction entre l’aspect gestionnaire et l’approche clinique, soignante, et comment elle se traduit dans le quotidien.

 

La réfection de lit

Voici le témoignage de Maryline, infirmière, à propos de son collègue :

« Je l’appelais mon Mickaël. Pour faire un lit, on était synchro à cent pour cent, avec ou sans patient. On n’avait pas besoin de parler ; l’un et l’autre, on se complétait. Quand j’étais à la tête ou au pied, il était à la tête ou au pied. On n’avait aucune relation à l’extérieur, c’était professionnel ; pas un n’essayait de dominer l’autre, comment te l’expliquer ? Je ne sais pas. C’était comme une partition de musique ; ça a duré deux ou trois mois ; je n’ai jamais eu ça après lui. C’était professionnel, notre regard était tourné vers le patient ; le malade n’était jamais exclu ; mais tu sais quand ça ne passe pas avec la collègue, tu le sens au moment de faire le lit. La tension, tu la sens à l’autre bout du drap. Quelquefois, il m’arrive de dire à la collègue : - Je ne veux pas te vexer, mais tu n’es pas mon Mickaël, comme certainement, je ne suis pas ton Mickaël. - de faire le lit à deux, ça simplifie la tâche ; il m’arrive quelquefois de faire le lit avec une collègue, et là tu sens bien, lorsqu’il y a une rivalité, qu’elle va tirer son bout de drap ; et ça doit gêner le patient ; le lit d’ailleurs, n’est pas symétrique. Du coup, vu qu’il n’y aucun échange, le lit est fait à fond les gamelles, et on peut en faire à la pelle ». 

Maryline évoque une partition de musique, lorsqu’elle est en duo avec Mickaël. Hannah Arendt dit :

« Le travail, et non pas l’œuvre, exige pour bien réussir une exécution rythmée, et lorsque plusieurs travailleurs font équipe, il lui faut une coordination rythmique de tous les gestes individuels1».

Chacun joue une partition, le regard tourné vers le malade, qui à cet instant fait office de chef d’orchestre.

 

À Trois

À deux, c’est plus facile disait Maryline… Alors, c’est ici une relation triangulaire qui s’amorce : la patiente, ma collègue et moi. Dès lors, par cette triangulation, la proximité à la vulnérabilité de l’Autre peut être moins exclusive. 

« Le rythme biologique du travail unit le groupe de travailleurs au point que chacun d’eux a le sentiment de ne plus être un individu, mais véritablement corps avec les autres. Il est certain que cela allège le labeur, comme pour chaque soldat le pas cadencé facilite la marche2».

Nos mains non gantées, d’un commun accord avec celles de ma collègue, chacune de son côté, tirent comme un arc, le drap. Il n’hésite pas à ronger les talons de nos hôtes, lorsque nos vigilances s’amenuisent de fatigue ; maintenant, pour nous, il s’agit de prévenir les complications de l’alitement… Dans cette chambre, nous guettons les effets de nos actions. Dans cette chambre, au chevet du patient, nous pouvons orienter le cours des choses, en posant nos actions réfléchies et délibérées.

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Visible et invisible

Et lorsque le drap est bien tendu sous madame L, d’une même cadence, l’une s’ajustant à l’autre, d’un tour de mains, le geste intégré, à force de tâtonnements, de répétitions, nous créons notre « coin au carré », comme si de rien n’était : 

« Sous le masque de l’évidence, s’empile en fait un montage subtil de gestes, de rites et de codes, de rythmes et de choix, d’usages reçus et de coutumes pratiquées3».

Ce savoir gestuel ne devient-il pas lui-même objet transcendant ; technique du corps, il est, dit Michel Certeau « l’une des façons dont les hommes, société par société, d’une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps4 »La maitrise de ces gestes nous permet de porter notre attention sur madame, mais aussi sur notre collègue. Car devons-nous attendre pour cela que la maladie sévisse ?

Le souci porté à notre binôme, nous conduit à quelques renoncements. Pour laisser un espace à notre collègue, coresponsable dans cette action, nous allons renoncer à récupérer tout le drap mais, pas seulement. L’espace, autour du lit, donc, autour du patient est intuitivement évalué. Ni trop, ni trop peu. Mais dire binôme n’exclut-il pas inévitablement la troisième personne : le patient ? Nous sommes trois dans cette proximité. Nous ne sommes plus dans une dualité, mais dans une « trialité ». Ce « nous » n’est pas un « je » à trois.

Déchoir le malade au végétal, n’est-ce pas une manière de se distancier de lui ?

Maintenant il faut « retaper » l’oreiller, changer peut-être la taie qui a un peu transpiré ; notre binôme, la tête de la patiente nichée dans le creux de ses bras, l’aide à la relever. Enfin, le drap du dessus est retiré progressivement par le côté ; et par le côté, dans le même temps, pour ne laisser apparaître aucune nudité de madame, le drap de change, frais, est soigneusement déplié. Quelquefois, comme dans un tour de passe-passe, le drap, en son envol recouvre le visage de notre patiente et furtivement, en un clin d’aile se transforme en linceul. Alors, doucement, le lit, objet de toute notre attention, destitue notre patiente. Et à son tour, elle devient invisible. Puis dans une mécanisation du geste, le lit s’habille ; le tierce n’est plus dans notre intentionnalité. L’histoire de lit de fin de semaine de notre collègue nous importe davantage. Il n’en est pas aussi sûr pour le malade. L’exclusion du patient est entamée, et à bien des égards, ne prend-il pas la position de valet ? La transparence du valet n’autorise t-elle pas le maitre d’agir comme s’il était seul dans cet espace ? Le patient est alors confondu à son matelas.

La présence de soi et pour l’un et pour l’autre, aussi bien du « je », du « tu » et du « il », ne nécessite-t-elle pas dans cette relation triangulaire, d’une équité ? Aristote dit de l’équité qu’elle est « attention généreuse aux cas particuliers. » Cela n’implique- t-il pas une attitude d’ouverture pour permettre l’émergence d’autrui, lui permettre de dire « je » ? Deux soignants et un patient, le rapport éthique ne doit-il pas s’instaurer là où l’asymétrie est flagrante ? Levinas dit : « Tous les hommes sont responsables les uns des autres, et moi plus que tout le monde5 ». Ici, nous sommes responsables de nos actes, mais ne le sommes-nous pas davantage des actes de notre collègue ? Nous sommes responsables d’autrui qui répondra aussi de nous.

Lorsqu’enfin, la réfection se termine, nous rebaissons le lit, en prévenant, si nous y pensons, madame. La sonnette, tombée à terre, est remise à portée de main. Comme un cordon ombilical, elle garantit le lien entre la personne alitée, qui ne peut pas se mobiliser et les autres, l’équipe soignante. L’adaptable, la carafe d’eau et son verre sont rapprochés. La table de chevet, sur laquelle s’entête une photo de famille, est repositionnée.

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Dans cette chambre, par le truchement de cette réfection de lit, ne sommes-nous pas engagé si ce n’est à l’ordre du monde, alors à moins de désordre ? Souvent avec satisfaction ! Aristote dirait que « le plaisir parachève l’activité qui se déploie6 ».

« Tu le prends sous l’aile, pour l’aider à se relever » disait une collègue, mais les allusions ne se limitent pas aux animaux ; dans le tumulte du service de soins, ne parlons-nous pas quelquefois, et sans état d’âme, de ce patient en terme de « légume », « de plante verte » ? Le discours des proches recourt à ces comparaisons : il est devenu une plante. L’horizontalité semble s’opposer à l’élévation. Mais la verticalité et l’horizontalité ne se définissent-elles pas l’une relativement à l’autre ? L’une n’est-elle pas perpendiculaire à l’autre et réciproquement ? Ainsi celui qui est couché, n’existe-t-il pas par celui qui est debout, et réciproquement 

Déchoir le malade au végétal, n’est-ce pas une manière de se distancier de lui ?

Le patient se trouve donc à mi-hauteur du soignant. Lorsque ce dernier ne daigne rehausser le lit, le malade demeure dans cette asymétrie prononcée. Le Dictateur7, en recevant son homologue italien, joue de cette position physique pour affirmer une supériorité : il est assis sur un fauteuil surélevé, et son invité sur un petit tabouret… Le soignant insoucieux, peut abuser de ce pouvoir, car la vulnérabilité semble parfois attiser l’assaut.

Une patiente, hospitalisée dans un service de médecine, suite à une tentative de suicide médicamenteuse, bénéficie d’un lavage gastrique, puis est mise sous contention au lit. Perfusée, elle demande le bassin à maintes reprises. Afin d’éviter les déplacements, les soignants décident donc de la laisser toute la nuit sur le bassin. Nous sommes ici, bien loin du lit de confort, réconfort, d’hospitalité que nous devons au patient qui, souvent, après avoir porté sa croix, échoue dans nos services. Le lit, dans ce contexte devient support de violence ; et la parole semble inexistante ; dans leur absence de pensée, nos « soi-niants » deviennent des tortionnaires. Notre malade-victime raconte qu’elle ne se reconnaît plus elle-même dans leur regard. Elle est dépouillée de son humanité. « Les infirmières, je ne les voyais que d’en dessous ; elles m’apparaissaient comme des monstres ; couchée, je ne voyais que les trous de leurs narines, leur menton recouvraient leur cou, leur bouche pincée… ». Emmanuel Levinas dit :

« C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux, un front, un menton, et que vous pouvez les décrire, que vous vous tournez vers autrui comme vers un objet. La meilleure manière de rencontrer autrui, c’est de ne pas remarquer la couleur de ses yeux !...La relation avec le visage peut certes être dominée par la perception, mais ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne s’y réduit pas8 ».

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Nous comprenons que par la violence de cette néanmoins rencontre, notre malade-victime, objectivée elle-même, ne peut que se focaliser sur une description physique. Elle objective à son tour ce visage anti-épiphanie. Le « tu ne tueras pas » est enterré, et l’humanité de notre patiente est foulée de la main, cette même main, qui par ailleurs est capable de beauté.

Cet acte que nous pouvons qualifier d’humiliation est acte, dont le principe est intérieur à l’agent. Il est exécuté sans contrainte. Cette faute, autant qu’une bonne action relève de notre volonté. Nous ne pouvons pas nous dédouaner sous prétexte qu’elle est mauvaise car, lorsqu’elle est honorable, nous l’assumons. 

Et si cette patiente était notre sœur, notre mère, notre fille, ou nous même ?

Alors faut-il éprouver de l’amitié pour soigner ? Elle peut parfois exister entre soignants, entre soignants et soigné. Et alors elle embellit nos journées. Mais dans notre travail, au quotidien, elle ne se révèle pas indispensable. Nous n’éprouvons pas de l’amitié pour tous nos collaborateurs, et pas davantage pour tous les patients, car nous ne sommes pas des saints. Le soignant, avant de porter sa blouse, ne promet pas d’aimer les malades. Il s’engage à les soigner. Les règles professionnelles le rappellent :

Les soins doivent être proposés à tous, avec la même conscience professionnelle. Pour Emmanuel Kant, le respect est le seul sentiment moral qui, grâce à la raison, nous permet de nous élever10. Il nous soutient pour vivre notre métier de soignant ; le respect pour le malade nous libère de nos penchants, qui ne sont pas immédiatement moraux. Ainsi, chacun découvre la loi morale à l’intérieur de sa propre raison, mais pas seulement en tant que soignant, aussi en tant qu’humain.

L’alitement implique une asymétrie, déjà pré-existante dans cette relation de soins. Oui, sans doute nous convoquerons l’impératif catégorique kantien, parce que nous devons sans tergiversations, sans exception aucune, respecter l’autre. Le respect est alors comme le dernier rempart, contre la méchanceté envers le vulnérable, en l’occurrence celui qui est alité. Ce n’est pas si nous voulons, ce n’est pas parce que nous voulons, c’est tout simplement parce que nous devons. Ce respect pour la loi est indissociable du respect pour l’homme, pour autrui et pour nous-même. Il est sans nulle contradiction et universel.

 

 

Habiter son lit ?

 

Lorsque le soignant fait son métier de soignant, comme il se doit, il n’habite pas l’espace comme celui qui méprise le patient. Habiter c’est donc remplir cet espace de soi-même, imprimer le lieu de sa présence ; c’est la manière d’être au monde. L’espace est teinté différemment, et le patient l’exprime par un « je suis content que vous soyez là ». Le soignant habite les lieux par ses mouvements, ses plaisanteries, le rythme de ses pas, la manière de coiffer madame G. même le laps de temps pour répondre au patient qui sonne, est habité par chaque soignant… ce dernier colore le service de son caractère, il habite le service.

Si nous habitons l’espace, dans lequel nous évoluons, le patient peut-il habiter son lit ? « Le trait fondamental de l’habitation est le ménagement11» dit Heidegger ; ménager est se soucier de l’autre. N’est-ce pas ce que nous faisons, lorsque nous prenons soin de préparer ce lit ? Car la finalité de la réfection n’est pas un beau lit, mais un beau lit pour le patient.

Si le lit est lieu de naissance, lieu de mort, il est dans nos cultures, lieu d’amour.

Alors, en quoi une attention portée aussi au lit va nous aider à prendre soin de la patiente ? Nous le savons, l’hôpital n’est pas un lieu de tout repos pour les soignants, et encore moins pour les patients ! Nous comprenons qu’ici au chevet du patient, le corps est plus qu’idée. Il est une réalité qui se heurte à ses limites. La patiente reste prisonnière de son corps, de ce corps qui l’a trahie. Elle reste également prisonnière de et dans ce lit, qui, tour à tour, ou tout à la fois, est support et contenant.

Ménager ce coin dans ce lieu étrange diminue peut-être ce sentiment d’hostilité. L’être dans son immobilité poursuit sa croissance, et le lit, ne renvoie-t-il pas au lit utérin ?

« Regardez même son lit n’a pas été fait… » : cette phrase quelquefois prononcée sur le ton du reproche ou du désarroi illustre cet aspect symbolique dans le champs du soin. Elle sous-entend que si le lit n’a pas été fait, le proche malade n’a pas été soigné. Le lit, en quelque sorte devient prolongement du corps.

Quelquefois, le patient ne souhaite pas investir ce lieu-lit ; pour lui ce serait se familiariser avec la maladie ; ne pas investir ce lit de malheur, serait-il une conjuration de la maladie ? À défaut d’habiter l’espace, ce coin aménagé ne permet-il pas à notre patiente de pouvoir habiter tranquillement en son intérieur ?

Bien souvent, lorsque le corps assagi ne fait plus parler de lui, et qu’il laisse un peu de répit, ce coin aménagé, ne permet-il pas à défaut de repos, un retour sur soi, un recueillement sur soi ? Et un rassemblement de soi, pourrait peut-être aider à s’ouvrir à l’autre, aux autres.

Certains patients somment le soignant de faire le lit, de changer les draps plus que nécessaire. D’autres, font eux-mêmes leur lit. D’autres semblent gênés que nous puissions ouvrir leur drap, comme s’il s’agissait de la porte de leur domicile ou bien par crainte de livrer un désagréable spectacle.

Nous sommes dans un service de médecine. Nadia, soignante, témoigne : « En trouvant le lit vide, l’infirmière s’est trouvée mal, elle a failli tombé raide, elle était livide… ». La patiente hospitalisée pour des douleurs abdominales, s’était éclipsée ; voici son histoire, telle qu’elle a accepté de nous la raconter :

« J’ai fugué dans le parc ; je me sentais prisonnière dans ce lit ; les soignants voulaient toujours me trouver là dans mon lit ; le drap et l’alèse en caoutchouc, comme si j’allais pisser au lit, me collait à la peau ; il y avait la canicule ; je macérais dans mon jus ; le lit était le lit de la honte. Si j’avais été locataire, je me serais bouclée à double tour ; tu es toujours sur le qui-vive ; on n’a pas le temps de souffler ; tu as toujours quelqu’un : ou c’est pour te mettre le thermomètre dans le cul, ou c’est pour ton comprimé, ou c’est le médecin. Ils sont comme chez eux, tu es à leur disposition ».

Ici, la patiente semble subir une violation d’un espace privé. La séquence du thermomètre évoque la brutalité ressentie par la patiente. La malade ne signifie-t-elle pas qu’elle est sous le regard constant d’autrui jusque dans ses intestins. D’ailleurs intestins et intimes ne sont-ils pas de la même racine ? La patiente sort de son lit, dans le parc, à l’extérieur pour retrouver son intimité.

Dans son lit, quelquefois, la mobilité de notre patient est presque imperceptible. Oui, notre beau lit est aussi le lit du mourir. Comment ne pas être confronté à notre propre finitude ? Et lorsque la mort est confirmée, nous emmaillotons alors le mort d’un linceul. Ce matin, nous tendions le même drap, sous le patient. Le corps est par la suite transféré à la morgue sur un brancard-lit-berceau. Ensuite, nous désinfectons le lit. Pouvons-nous parler de temps mort lui aussi ? Certainement pas. Au-delà de la propreté, les gestes du soignant s’engagent dans une narration, à la mémoire de celui qui était…

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Si le lit est lieu de naissance, lieu de mort, il est dans nos cultures, lieu d’amour.

Tout soignant s’est vu un jour ou l’autre s’embarrasser d’une situation cocasse ; parfois, s’enrôlant lui-même à veiller dans le couloir, que les ébats amoureux de deux comparses, malade-proche, ne soient ni contrariés, ni révélés. Il va sans dire que cette garde incongrue n’est pas sans sentiment de gêne pour le soignant. L’amour physique ne correspond pas à un besoin naturel comme le boire, le manger ou le dormir. Ces expressions amoureuses, relèvent de la vie privée. Nous ne pouvons enfreindre cet espace qu’avec l’autorisation du malade, mais le lit est dans une chambre, et cette chambre est dans un lieu public. L’espace public est un espace commun. Cette pièce est en principe un territoire provisoire occupé par le patient, mais pas seulement. Elle est aussi souvent lieu de soins ; de fait, elle est lieu de passage. Et négliger ce caractère, entrave le travail des autres. Ne pouvons-nous pas dire dans ce cas, qu’il y a empiètement dans l’intime de cet espace public ?

Si le lit, nous invite à saluer Eros, il est le lieu où s’impriment d’autres émotions. Voici le témoignage d’Armande :

« Une après-midi, quelques jours après l’opération à cœur ouvert de mon mari, j’étais à côté de lui, dans sa chambre. Quand il se leva pour sortir un instant et, pouvoir passer, il me dit :

    • Assied-toi sur le lit que je puisse passer !
    • Tu sais bien que c’est interdit de s’asseoir sur le lit !
    • Pour une minute, ils ne vont rien te dire, tu vois bien que je n’ai pas la place de passer !

Je me pose alors sur le lit, à l’endroit d’où il vient de se lever et, étrange sensation, je ressens ma cage thoracique comme serrée, un peu endolori à l’intérieur, mais pas trop, comme après un traumatisme… mon mari revient un instant après.

    • Tu as encore mal à la cage thoracique ?
    • Oui un peu, ça serre un peu, c’est tout. Me dit-il.
    • Le lit du patient serait-il bien au sens littéral du terme là où il dépose sa souffrance ? ».

Parfois nous pouvons proposer au proche, un lit de camp, osseux et dépliable, semblable à une sauterelle. Ainsi, le mari, la fille, le père, la mère, l’amant, l’amante peut détendre un peu son corps, près de celui qu’il ou qu’elle attend. Mais il arrive parfois aussi, que cette offre ne soit pas entière. Alors peu importe la fraicheur de la nuit ; peu importe la dureté du support. Il n’aura qu’un drap. Et l’oreiller ? Il ne le mérite peut-être pas. Pourquoi lui proposer un verre d’eau ? La cafétéria est ouverte, nous ne sommes pas à l’hôtel, ici !

Mais « Hôpital », tout comme « Hôtel », a pour éthymologie le latin hospes, qui signifie qui reçoit un étranger ; l’hospitalité est cordialité, attention dans la manière d’accueillir l’autre.

Dans une autre chambre, nous rentrons notre chariot de soins, rutilant, beau comme un camion. À l’extrémité du lit mécanique, nous exerçons quelques pressions vives du pied sur la pédale pour le rehausser à notre hauteur ; une vraie vieille voiture à manivelle. Nous débloquons les roues de leurs freins, pour mieux le mobiliser, à notre convenance.

Nous demandons donc à la patiente de se rehausser, à l’aide d’une potence ; non, bien-sûr que non, il ne s’agit pas de l’instrument servant au supplice de la pendaison, mais tout de même n’est-ce pas là un curieux terme dans un espace de soins ? La malade et nous même sommes installés. Comme pour un jeu de cartes, nous déployons crânement alors sur sa couverture, nos compresses déconditionnées. N’est-ce pas une manière de lui dire finalement que ce lit nous appartient ? N’est-ce pas une manière de la mêler, jusqu’à la confondre aux choses inanimées ?

Quelquefois, un jet d’antiseptique vient tâcher le dessus du lit. Nous disons de cette tâche qu’elle est propre. Est-il bien nécessaire d’envahir le champ du patient avec notre matériel pour pouvoir le soigner ? La surface du chariot ne suffit-elle pas à le disposer, tout en respectant l’ergonomie ? Ne marquons-nous pas des limites symboliques de territoire ? N’est-ce pas là encore une façon d’imposer au malade notre culture soignante ? Ici, les choses imposées sur le patient, set à pansement, paquet de gants stériles, bouchons de robinets, se font médiation et renforcent nos positions : lui garde son statut de malade, de profane, et nous notre statut de soignant, de savant.

Mais quelquefois, le lit devient le lieu de rencontre du soignant et du soigné, seulement si ce dernier l’autorise, même implicitement. Alors nous nous asseyons sur le bord, pour effacer un peu cette asymétrie, et nous sommes face au malade ; oui, quelquefois, ce geste paraît aller de soi ; peut-être aussi pour dessiner une coquille, délimiter par notre corps, par son corps, un territoire propice aux confidences et à l’écoute. La chaise est également un outil, comme le rappelle Michel Geoffroy12, et peut prêter à la confidentialité, mais s’asseoir en bord de lit, désacralise un peu notre fonction, mais aussi la « fonction » du malade. Le lit devient une aire intermédiaire ; pourrait-on parler d’objet transitionnel ? Mais pas seulement pour la personne alitée. Il est le lieu cristallisant l’extérieur et l’intérieur, le debout et le couché. Cette configuration n’encourage-t-elle pas à sortir de son étui : celui du malade, celui du soignant, pour un temps plus proche de soi, donc de l’autre ? Il est le lieu où chacun se risque dans la sphère d’autrui. Le soignant est à proximité du soigné, et inversement.

Moyen ou fin ?

Et puis, il y a la visite ; parfois, elle se fait procession ou bien cortège royal.

Elle s’engouffre dans la chambre, autour du lit, en arc de cercle, comme en amphithéâtre. Souvent, une intention bienveillante émerge de cette petite communauté. L’hôpital est dans la cité et les soignants en quelque sorte dans un service de soins forment une famille. Le dictionnaire dit de la famille qu’elle est « un groupe d’êtres ou de choses présentant des points communs ». Lorsque ce groupe de personnes travaille à une même tâche ou unit ses efforts dans le même but, ce groupe est appelé équipe. Hannah Arendt écrit :

« Il vaut la peine d’être vu et d’être entendu parce que chacun voit et entend de sa place, qui est différente de toutes les autres. Tel est le sens de la vie publique13 ».

Ainsi, autour de ce lit, et avec le patient, la pensée, le langage, la réflexion, l’échange permet le sens d’advenir, pour le malade mais aussi pour les soignants. Le patient dans son lit, peut alors se sentir reconnu, comme un être en souffrance, séparé, que nous devons béquiller un temps, lui et ses proches. Quelquefois, il est comme un client-roi, et parfois, comme Cendrillon, il perd ses habits d’apparat, pour ne devenir qu’un objet d’études.

Dans Les Anneaux de Bicêtre, l’auteur fait dire à son personnage hospitalisé :

« Une main indifférente relevait le drap et découvrait un corps fiévreux, des malformations, des escarres, tandis que le professeur, de la voix qu’il avait enchaînée, énonçait ses observations et que les élèves prenaient des notes14».

Cette démarche clinique est certes nécessaire pour transmettre les savoirs aux plus jeunes, et aiguiser leur discernement. Clinique vient du latin clinicus, du grec kliné, qui signifie lit. Elle est démarche qui se fait au chevet du patient. Mais quelquefois la clinique s’éloigne de la bienveillance, et prend des allures de vampire.

Monsieur C, en fin de vie, est hospitalisé dans notre service. Le soin de bouche de monsieur C à peine terminé, nous voyons s’engouffrer dans la chambre « la » visite. Cette visite ressemblait davantage à une meute, une meute d’apprenants. Leur chef s’approche du gisant, lui retire le drap sans crier garde, et en magister, décrit « les marbrures naissantes aux cuisses, révélatrice d’une fin imminente… ».

« Ce visage perçu est la proie du regard : manière de dire ce que le regard qui connaît, le regard qui perçoit et qui juge a de potentiellement prédateur15 ».

Puis lorsque l’examen clinique s’achève, repue de savoirs, la meute, suivant toujours son chef de file sort de la chambre, laissant négligemment le patient découvert. Kant dit :

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen16 ».

Il nous semble qu’ici, cet homme alité sert simplement de moyen ; il n’est plus fin en soi, mais un moyen pour atteindre une connaissance. L’être est scindé, apparaît l’homme-machine, objet médical. Alors lorsque le malade nous sert de chair à savoir, de chair à connaissance, ne devenons-nous pas des cannibales ? Lorsque nous le courtisons selon la rareté de son malheur, lorsque nous le réduisons à sa maladie, n’en devenons-nous pas des barbares ?

Mais l’hôpital est encore un lieu emprunt de sollicitude pour ses hôtes ; même s’il existe parfois des niches où rivalisent les égos, avec une intensité proportionnelle à leur niveau de responsabilité. Mais au chevet du patient, il est fréquent que les soignants travaillent au-delà même du temps réglementaire, se rendant disponibles le jour, la nuit, lorsque cela est nécessaire ; mais souvent, le fil est tendu…

Nous réduisons, disions-nous, le malade à sa maladie. Dans cette approche, il ne serait que sa maladie. Mais les choses se modifient, et curieusement dans cette confusion, ne devient-il pas davantage le pronostic de sa maladie ? En sus de la rareté de sa pathologie, le nécessiteux est aussi sélectionné selon ses chances présupposées de survie. Ainsi, lorsque deux malades sollicitent une hospitalisation et qu’il ne reste qu’un seul lit vacant, inévitablement, nous les comparons, eux et leur mal ; nous les comparons jusque dans leurs souffrances, pour enfin décider lequel des deux, sera le malheureux élu. Dans cette sélection, la main de l’homme semble trop souvent renforcer la nature : celui pour lequel, nous présageons une guérison, celui-ci nous choisirons.

Les lits identifiés ne sont-ils pas récupérés, par des ruses gestionnaires à d’autres fins ?

Une tension entre le calcul gestionnaire et le souci soignant est de plus en plus prégnante. Ne pas considérer l’aspect économique dessert, plus encore, trahit la dimension éthique ; le patient et le soignant sont en présence l’un de l’autre. Mais nous sommes aussi dans la cité, ce qui implique les autres. Cette triangulation nous oblige à veiller sur nos dépenses. Paul Ricoeur dit : 

« Le vivre-bien ne se limite pas aux relations interpersonnelles, mais s’étend à la vie des institutions17».

La santé n’a pas de prix, mais le vivre-bien avec les autres implique la justice. « Aussi, souvent, la justice semble-t-elle la plus importante des vertus et plus admirable même que l’étoile du soir et que celle du matin18 ». Pour Aristote, la justice est la plus complète des vertus ; mais il nous dit aussi que pour l’homme de sagacité, prudent, l’équitable est mieux que le juste, car il intéresse le caractère particulier. S’il est juste de faire patienter les personnes sur un brancard, n’est-il pas encore plus juste, donc équitable, d’envisager pour l’orienter au plus vite celui qui supportera le moins cette attente, le plus faible ? « La santé n’a pas de prix, mais elle a un prix. L’homme n’a pas de prix, il n’est ni à vendre, ni à acheter, car il est bien hors du prix et non point hors de prix (…) c’est-à-dire au-delà de tout prix » écrit Éric Fiat ; et c’est pourquoi il nous semble légitime de veiller aux abus, afin que d’autres puissent bénéficier de soins nécessaires. Lorsque le malade apporte avec lui les résultats d’examens passés deux jours avant l’hospitalisation, devons-nous lui faire subir de nouveau cette même batterie d’examens pour un bilan d’entrée ? Oui, il nous semble juste, d’éviter ces dérives, pour soigner tout un chacun.

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Mais aussi, la gestion du budget, est menée par des personnes, qui bien souvent, sont éloignées du lit du patient ; y compris lorsqu’ils sont médecins chef de pôle. De par cette distance, l’hôpital ne risque t-il pas de se déguiser en ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire en entreprise marchande ? Évoquons les crédits affectés aux lits identifiés. Ces lits réservés aux personnes en fin de vie, ne sont-ils pas récupérés, par des ruses gestionnaires à d’autres fins ? Car, en effet, les personnes en fin de vie, non seulement consomment très peu, mais de plus, elles ne sont pas rentables. Ne sommes-nous pas déjà dans la monstruosité ? La notion utilitaire de rentabilité semble se substituer bien souvent à celle de sollicitude.

Cette gestion est surtout « machine, […] comme gestuelle, un ‘’dispositif’’ qui encadre l’homme au lieu d’être régi par lui19». Le malade n’est-il pas arraisonné, puisque l’arraisonnement est le mode suivant lequel le réel se dévoile comme fonds ? Ne devient-il pas notre fond de commerce ? Dans ce lit, nous le dénudons, le dévoilons, l’arrimons, l’explorons.

Dans cette course au pouvoir, recevoir des honneurs ne devient-il pas insidieusement une finalité, alors que nos services ont une vocation autre : prendre soin d’autrui ? Le lit, res publica, cette chose publique, ce support, ce contenant, ce lieu de passage de la communauté, ne devient-il pas par certains endroits un lit de passe ? « Le patient n’est pas rentable », donc il ne vaut pas le coût d’occuper le lit. Ne pourrions-nous pas tenir ces propos à l’égard d’une prostituée ?

Le malade n’est-il pas lui aussi bien des fois, réduit à son corps ? De plus, les investigations, les gestes invasifs, le toucher même, peuvent être ressentis par le malade, comme une effraction dans ce corps qui l’a lâché ; bien que ces intrusions soient consenties, tout de même ne s’agit-il pas là de viol ? N’est-il pas curieux que, plus le patient bénéficie ou subit de gestes médicaux et plus il rapporte de recettes ?

Et bien souvent, ce corps n’est-il pas offert dans un morcellement, à tout soignant, à tout spécialiste de tel ou tel organe ? Alors, nous nous approchons du lit du patient, les uns après les autres, en un étrange défilé ; et chacun, relayé par son confrère, consacre son attention à une parcelle d’anatomie. Est-ce pour cette même raison, que nous assignons le malade à son lit ? Est-ce pour un prêt à servir ou à se servir que nous sommons le malade d’être à disposition ?

Mais l’esclave ou la putain ne sont pas qui nous croyons. L’argent, nous le savons, est un grand prostituteur ; et dans les soins, ne risquons-nous pas de ne plus retenir que le « faire » ? Faire des actes ?

Dans cette course effrénée aux recettes, ne risquons-nous pas de devenir l’esclave ou la putain de l’intéressement ? Car dans le renoncement de ce pourquoi nous existons, en tant que soignant, c’est-à-dire, répondre à l’appel du faible, n’est-ce pas là notre âme que nous vendons ?

Kant dit que la volonté est bonne lorsque le mobile de l’action est le devoir, non pas l’intérêt. Le devoir que nous évoquons est le devoir conforme à la loi morale.

Notre action peut être non conforme au devoir, faite par intérêt, ainsi, comme nous le raconte une collègue, dans un service d’urgence : « La personne qui dans le monde a le plus besoin d’un lit séchera sur place, car personne n’en veut ».

Notre action peut être conforme au devoir et faite par devoir, « cette action bonne est, non pas comme un moyen en vue de quelqu’autre fin, mais bonne en soi-même20 ». Ainsi, nous nous démènerons pour trouver un lit, quitte à user de ruse. Un cadre de santé d'un service d'urgences raconte qu’il attendait dix-huit heures passées, moment où les chefs de service habituellement partent, pour faire accepter une vieille malade (dont personne ne voulait, car pas rentable) dans une unité de soins…

Et puis, parce que nous sommes des êtres humains, nos actions ne sauraient être totalement sans intérêt. Quel service de soins mépriserait les honneurs, donc les crédits ? Ce financement qui permet à son tour au service de fonctionner ? Ainsi, notre action, pour être prudente, sera conforme au devoir et faite par intérêt.

Désirer être heureux n’est pas en soi une mauvaise chose, dit Kant, le mal est dans l’inversement de l’ordre des mobiles. L’équipe qui a bien voulu accueillir cette malade âgée, quitte à essuyer un blâme, ne s’inscrit-elle pas dans cet esprit ?

Devant un café, Thierry, aide-soignant nous commente son dessin :

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« La chambre, est une enveloppe, comme un fruit, avec au centre, pour noyau, le lit… » 

Un lit, le lit du malade, s’il n’est ni celui de l’enfance, ni celui de l’amour, est loin d’être objet de rien. Proches, soignants, personnel de maintenance, agent de nettoyage ; tous gravitent autour de lui avec chacun, une attention, une intention particulières.

Objet de presque rien, le lit cristallise l’activité soignante, qu’elle soit du proche ou des professionnels. De par sa faiblesse, curieusement, celui qui est alité, nous bouscule. Le lit est aussi un lieu d’où le patient peut observer, observer avec acuité le monde qui l’entoure. Par lui, nous nous rehaussons à ce que nous devons être : des soignants, à la hauteur de notre dignité de soignants.

Et puis, si quelquefois dans la bouche des soignants, réfection de lit se dit réflexion… Nous dirons que ce n’est pas un hasard !

 

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Notes de bas de page :

  1. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Paris, Agora, 1988, p. 41.
  2. Idem, p. 276.
  3. Michel de Certeau en collaboration avec Luce Giard, Pierre Mayol, L’invention du quotidien, 2. Habiter, cuisiner, Paris, Gallimard, 1994, p. 240.
  4. Idem, p. 285.
  5. Alain Cordier reprend une phrase de Dostoïevski, citée par Levinas, « Pour une éthique de l’économie hospitalière », in Philosophie, Éthique et droit de la médecine, coll., sous la dir. de Dominique Folscheid, Brigitte Feuillet-Le-Mintier, Jean-François Mattéi, Paris, Puf, 1997, p. 534.
  6. Aristote, Éthique à Nicomaque, Paris, Flammarion, 1992, p. 299.
  7. Charlie Chaplin, Les temps modernes, film, Etats-Unis, 1936, 1h30.
  8. Emmanuel Levinas, Éthique et infini, Paris, Le Livre de Poche, 2002, p. 79-80.
  9. Code de santé publique, Article R 4312-25.
  10. Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Le Livre de Poche, 1993.
  11. Martin Heidegger, Essais et conférences, Saint-Armand, Cher, Gallimard, 1992, p. 174.
  12. Michel Geoffroy, La pensée médicale, conférence Philosophie et pratiques hospitalières, UMLV, 2009.
  13. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, op. cit., p. 40.
  14. Georges Simenon, Les anneaux de Bicêtre, Paris, Presses de la Cité, 1996, p. 40.
  15. Éric Fiat, Grandeurs et misères des hommes, petit traité de dignité, Paris, Philosopher Larousse, mars 2000, p. 53. 
  16. Emmanuel kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Le Livre de Poche, 1993, p. 105.
  17. Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Points, 1996, p. 227.
  18. Aristote, Éthique à Nicomaque, Paris, Flammarion, 1992, p. 137.
  19. Martin Heidegger, Essais et conférences, op. cit., p. 271.
  20. Kant, Emmanuel, Fondements de la métaphysique des mœurs, Paris, Le Livre de Poche, 1993, p. 61.

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