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Leçons éthiques après l'affaire du sang contaminé

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L'affaire du sang contaminé a marqué l'ensemble de notre société. Elle a laissé des traces. Mais quelles leçons éthiques en ont-été réellement tirées ? La politique du don du sang et de la transfusion a-t-elle été modifiée ? Le professeur Bernard Boneu, hématologue, répond. [...]

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Professeur Bernard Boneu, professeur honoraire d'hématologie, ancien membre du Comité national de l'hémophilie.

Depuis la création du réseau national des centres de transfusion sanguine en France au début des années 1950, le don du sang est un acte bénévole, gratuit, anonyme, et la préparation ainsi que la délivrance des produits sanguins se fait sans profit.

C'est toujours le cas aujourd'hui. Dès le début, il a été considéré qu'il est moralement inacceptable de vendre une partie de son corps, ce qui est vrai également pour les dons d'organe en vue de greffe. Depuis, il a été démontré que le caractère bénévole, gratuit et anonyme, offrait une meilleure sécurité sur le plan de la contamination virale en comparaison avec le don rémunéré, lequel attire vers les centres de prélèvement des catégories sociales défavorisées ou des marginaux dont l'état sanitaire est souvent précaire. Le don rémunéré reste pratiqué dans plusieurs pays, notamment par l'industrie pharmaceutique du fractionnement. Donc sur le plan éthique, rien n'a changé en ce qui concerne le don du sang dans notre pays.

Sur le plan éthique, rien n'a changé en ce qui concerne le don du sang dans notre pays

« L'affaire » du sang contaminé se réfère à l'émergence du VIH dans les années 1983-1985. Cet épisode dramatique s'inscrit dans la longue histoire de la sécurité transfusionnelle. Avant 1970, outre les examens immunohématologiques nécessaires, seule la syphilis était recherchée et on ignorait les hépatites. La recherche de l'antigène HBs a été rendue obligatoire en 1970. En 1980, le centre de transfusion de Toulouse estimait éthique (bien que non obligatoire) d'éliminer les prélèvements dont le taux de transaminases était élevé, et/ou présentant un anticorps anti-HBc, pouvant signifier la présence du virus non-A non-B. Ainsi, 10 ans avant la découverte du virus de l'hépatite C, un grand nombre de prélèvements HBc positifs étaient éliminés.

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En 1983-1984, l'émergence du VIH introduisit un nouveau risque transfusionnel et la recherche de l'anticorps anti-VIH fut rendu obligatoire en octobre 1985 afin d'éliminer les donneurs séropositifs. Le virus de l'hépatite C, dont on soupçonnait l'existence en raison des hépatites non-A non-B, n'a été découvert et donc recherché systématiquement qu'en 1990. Après les années 2000, le principe de la déleucocytation systématique des prélèvements a réduit considérablement la possibilité de contamination par le CMV.

Ainsi, l'augmentation de la sécurité transfusionnelle a-t-elle suivi les progrès de la virologie. Bien entendu, ceci a un coût. Si le don du sang reste un acte gratuit, la poche de sang est aujourd'hui facturée 115 euros et la poche de plasma 89 euros. Les fractions plasmatiques (albumine, facteurs de coagulation) ont un coût bien supérieur.

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« L'affaire » du sang contaminé, qui ne se résume pas au problème du VIH, a imposé aux pouvoirs publics de revoir à la hausse, mais souvent avec retard, le prix de cession des produits sanguins. À cette époque, certains centres de transfusion ont pu commettre des erreurs dans l'appréciation du risque transfusionnel et l'État n'a pas toujours pris la mesure des conséquences sanitaires de ses retards de décision pour raisons économiques. En 2000, l'organisation de la transfusion sanguine a été réformée. Les centres de transfusion autonomes ont été réunis dans un grand ensemble, l'Établissement Français de Sang (EFS). L'EFS, qui dispose désormais de moyens financiers nécessaires, gère les prélèvements, les contrôles, la préparation des produits sanguins labiles et le fractionnement. En ce sens, l'affaire du sang contaminé a eu comme conséquence une réorganisation bénéfique du système transfusionnel français et a supprimé les conflits pouvant exister entre l'éthique et l'économie.

L'affaire du sang contaminé ne se résume pas au problème du VIH

Également, les questions que posent le médecin préleveur avant le don concernant les voyages et les habitudes sexuelles se sont adaptées à l'épidémiologie des maladies virales émergentes et ont modifié les critères d'exclusion du don du sang. Mais ceci ne concerne pas l'éthique du don du sang qui demeure inchangée depuis les débuts de la transfusion.

 

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