20 aphorismes sur la fin de vie !

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La fin de vie est un débat sans fin ! Le professeur Thierry Marmet, spécialiste en médecine palliative, propose 20 aphorismes à méditer relatifs aux droits des patients en fin de vie (...)

Marmet

Professeur Thierry Marmet, professeur associé de médecine palliative, Université Toulouse III.

  

 

-1 : Si nous consacrons toujours plus de temps et de moyens à mieux comprendre, à mieux traiter et à mieux contrôler les maladies, ce n’est pas une raison pour réduire une vie en bonne santé à l’absence de maladie !

-2 : Si le théâtre de la mort a fait l’objet d’une médicalisation et d’une véritable tentative d’escamotage à la fin du XXe siècle, ce n’est pas une raison pour réduire la mort à un fait médical !

-3 : Si nous rêvons tous d’une mort douce et honorable, telle que la définissait le terme euthanasie dans l’Antiquité, ce n’est pas une raison suffisante pour revendiquer d’y mettre fin !

-4 : Si nous avons réduit l’indication des soins palliatifs aux derniers jours d’une vie qui s’achève, ce n’est pas une raison pour dénier que la démarche palliative s’adresse à tous ceux porteurs d’une affection chronique ou d’un handicap ou qui avancent en âge !

-5 : Si nous reconnaissons l’importance de la compétence médico-technique dans la formation des soignants, ce n’est pas une raison pour ne pas améliorer aussi les compétences relationnelles, éthiques et pour travailler en équipe, tant dans la formation initiale que continue !

-6 : Si nous devons un respect inconditionnel à la dignité ontologique des personnes malades, vieilles ou handicapées, ce n’est pas une raison pour ne pas prendre en compte le sentiment qu’a une personne malade, vieille ou handicapée d’être atteinte dans sa dignité !

-7 : S’il est une souffrance indéniable des soignants à se confronter à l’impuissance devant les symptômes d’une maladie et son évolution inéluctable, ce n’est pas une raison pour ne pas rester présent et à l’écoute de celui qui en souffre !

-8 : Si nous nous questionnons avec beaucoup de prudence sur les indications de prescrire une sédation profonde à une personne en grande souffrance , ce n’est pas une raison d’accroire qu’elle ne comporte pas une différence éthiquement consistance par rapport à l’administration délibérée d’une substance létale !

–9 : Si nous abordons au cas par cas les délicates décisions collégiales de limitation-arrêt de traitement actif pour l’alimentation et l’hydratation artificielle, ce n’est pas une raison de faire de la désinformation en affirmant que l’on va faire mourir quelqu’un de faim et de soif !

On ne veut pas mourir de faim et de soif

–10 : Si nous avons un devoir d’information des personnes malades, ce n’est pas une raison, au motif de respect des droits des personnes malades, de dire à tout prix dans une fuite en avant, des vérités violentes à entendre !

–11 : Si l’information des personnes malades a pour principale finalité d’obtenir son consentement éclairé aux investigations et traitements, consentement qu’elles peuvent nous retirer à tout instant, ce n’est pas une raison pour ne pas s’assurer de la volonté de la personne de ne pas vouloir accéder aux informations qui la concernent !

–12 : Si les personnes malades, notamment en fin de vie, ont acquis un droit (et non une obligation) d’écrire des directives anticipées, pour être respectées dans leur volonté, ce n’est pas une raison pour ne pas saisir l’opportunité d’ouvrir un dialogue anticipé et fécond, dès que l’opportunité s’en présente, afin de rétablir une véritable confiance dans l’alliance thérapeutique !

–13 : Si le patient dispose du droit de désigner une personne de confiance et que cela met en exergue les doutes sur la confiance qu’ils ont envers les soignants, ce n’est pas une raison pour en faire un acte purement administratif, là où les études sur la coopération démontrent clairement qu’une décision partagée augmente très significativement la probabilité de prendre les bonnes décisions !

–14 : Si nous portons la responsabilité, dans les décisions difficiles, de protéger les personnes malades, les personnes de confiance qu’ils ont désignées et leurs familles et proches, ce n’est pas une raison pour prendre les décisions à la place des personnes malades !

–15 : Si nous devons avoir, en permanence, la préoccupation de la non malfaisance et de la non maltraitance, ce n’est pas une raison pour réduire les personnes malades à l’objet de notre bienfaisance, là où nous devons les reconnaître comme des sujets à part entière !

–16 : Si nous devons prendre en compte le respect de l’autonomie des personnes malades comme une reconnaissance de leur capacité à choisir ce qui est bon pour elles et les risques qu’elles sont prêtes à courir, ce n’est pas une raison pour s’abriter derrière la loi qui lui donne le droit de refuser des traitements quand à l’évidence elle fait un mauvais choix !

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–17 : Si nous avons le devoir éthique de nous interroger sur le caractère bon de la loi, ce n’est pas une raison pour persister dans l’affirmation que la loi répondra à tous les problèmes posés par la mort !

–18 : Si nous sommes émus et touchés, dans une attitude empathique compassionnelle, face à celui qui demande une aide à mourir, ce n’est pas une raison pour réduire cette demande à « faites-moi mourir », pas plus qu’il ne sied de répondre « je n’ai pas le droit », dès lors qu’on peut accompagner et aider la personne qui formule cette demande !

–19 : S’il existe de réels suicides altruistes suscitant beaucoup de respect, ce n’est pas une raison pour minimiser le fait que le suicide est avant tout l’expression d’une grande souffrance empreinte d’une profonde solitude !

–20 : Si nous ne pouvons que reconnaître la réalité d’une véritable inéquité d’accès à la démarche palliative, ce n’est pas une raison pour instiller l’idée que nous n’avons pas les moyens économiques d’y faire accéder tous ceux qui en relèvent, comme si tous ceux qui vont mourir relevaient de structures spécialisées, alors que l’accès à la démarche palliative est avant tout un problème de formation des soignants dont il faudrait faire une cause nationale !

 

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