L'annonce diagnostique d'une maladie d'Alzheimer

Partager sur Facebook

L'incidence élevée de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées ne doit pas banaliser l'annonce du diagnostic. Une réflexion éthique est nécessaire pour que cette annonce soit la plus appropriée possible, adaptée à la personne et au contexte. Analyses pertinentes d'un grand spécialiste, le Docteur Arnaud Decamps (Lire la suite)

IMG 2720

 Docteur Arnaud Decamps, neuro-gériatre, Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux.

 

 

 

 

 

Devenue un véritable problème de santé publique, du fait notamment de l’accroissement considérable du nombre des personnes âgées dans tous les pays du monde, la maladie d’Alzheimer est une maladie grave altérant le cerveau, au pronostic défavorable et à l’absence actuelle de traitement curatif, dont l’annonce pose plusieurs problèmes éthiques à ces âges avancés (4). Sujet sensible, source d’angoisses, l’annonce du diagnostic de maladie d’Alzheimer ou d’une maladie neurologique apparentée (dite neurodégénérative) fait l’objet de recommandations depuis quelques années par les agences gouvernementales de santé, comme en France, la Haute Autorité de Santé (HAS). Les questions sensibles y sont abordées et font l'objet d'une réflexion éthique dans le cadre du Plan de Santé Publique National Alzheimer.

 

Contexte du problème

Même si l’incidence de ces maladies s’est ralentie depuis 10 ans dans tous les pays, le nombre de personnes âgées atteintes (la prévalence) reste importante : 15% des sujets âgés de plus de 75 ans, et cette proportion s’accroît avec l’âge puisque dans certaines régions, 20% (soit 1 sujet sur 5) sont atteints à 80 ans, et 25% (soit 1 sujet sur 4) sont atteints à 85 ans (2). En France, plus de 850.000 personnes sont atteintes par ces maladies neurodégénératives chroniques touchant le cerveau et altérant leurs capacités cognitives. 70% d’entre elles sont des maladies d’Alzheimer.

me si elles sont fréquentes, l’annonce de ces maladies pose des difficultés. Il est possible d’évoquer plusieurs raisons :

  1. La gravité de ces maladies rend l’annonce difficile : si 70% des médecins de consultations mémoire annoncent le diagnostic au malade, parmi eux 29% parlent de « maladie de la mémoire », et la plupart l’annonce à la famille (16).
  2. Il s'agit d'un diagnostic de probabilité qui exige un faisceau d’arguments anamnestiques, cliniques, évolutifs, qui sont corrélés aux tests neuropsychologiques, aux données biologiques, aux biomarqueurs et aux données radiologiques de laneuro-imagerie. L’ensemble apporte une forte présomption diagnostique, qui souligne d’ailleurs la nécessité de la multidisciplinarité. 
  3. Il existe une incertitude de pronostic en raison de l’hétérogénéité des situations cliniques rencontrées, et en outre, de l’effet des médicaments spécifiques. Ceux-ci avaient engendré un grand espoir mais ces médicaments font l’objet de controverses sur leur efficacité actuellement (1). Basés sur l’hypothèse cholinergique de la maladie, ces médicaments (anticholinestérasiques et anti-glutamates) sont uniquement symptomatiques ; ils ont une action globale sur les symptômes cognitifs et donc comportementaux en favorisant la mémoire. Jugés pertinents en association avec un ensemble de mesures non médicamenteuses, ils contribuent ainsi à une meilleure qualité de vie des patients dans une proportion significative des cas, ce qui avait été souligné et avait permis leur prescription au niveau mondial il y a 20 ans après des études rigoureuses validées selon les règles scientifiques (American Psychiatric Association, convergence d’un groupe multidisciplinaire d’experts français, Petit et al.) et les Agences régulatrices ; une réévaluation récente (2016) de l’efficacité de ces médicaments a été faite par les Britanniques du National Institute for Care Excellence (in 1). L’effet global (sous forme d’une stabilisation temporaire du déclin cognitif) est suffisamment long pour être apprécié. Mais par ce fait, ces médicaments spécifiques favorisent la prise de conscience des troubles cognitifs. Pour certains auteurs, l’observation clinique attentive révèle une souffrance supplémentaire chez certains patients (9). L’annonce, l’accompagnement diagnostique et psychologique, le suivi sont d’autant plus nécessaires en présence de ces thérapeutiques, dites spécifiques.
  4. L'évolution de la prise en soins pose également des difficultés. Les progrès des 2 dernières décennies dans le domaine des neurosciences et l’évolution des pratiques permettent un diagnostic de plus en plus précoce. Par conséquent, l’annonce de ces diagnostics doit être faite au stade « léger à modéré », et même pour certains à un stade de troubles cognitifs, c’est-à-dire au stade pré-démentiel de la maladied’Alzheimer. Or les résultats d’une prise en charge précoce, médicamenteuse, psychologique et sociale sont intimement liés à l’implication du patient et de son entourage dans une stratégie d'alliance thérapeutique. Dit autrement, cela suppose l'adhésion au processus de soins par un consentement éclairé du patient et de sa famille. La qualité de vie au cours de l’évolution de cette maladiedépend d’une information adaptée en permettant une meilleure prise en charge (5, 8). 

À un stade plus avancé de la maladie, les troubles de mémoire et du jugement interfèrent avec l’anosognosie : la non reconnaissance de ses troubles par le patient et la conscience altérée peuvent rendre l’annonce du diagnostic mal perçue et/ou mal retenue après une évolution plus ou moins longue ; la prise en soins est plus difficile dans ce cas et requiert beaucoup de tolérance et de force psychologique de la part des soignants (Rainfray, 13).

Au total, l’évolution du contexte, le diagnostic, le pronostic et la prise en soins de ces maladies posent plusieurs problèmes éthiques, sur lesquels il parait utile de nous interroger, à commencer par la question de l’information du patient et de son entourage.

 

civilian-service-63616 1280

 

Est-il nécessaire d'informer le patient ?

 

Les mentalités ont ensuite évolué considérablement selon le droit à l’information du malade sur son état de santé. En France, la loi du 4 mars 2002 sur les droits de la personne malade est une étape juridique importante des relations médecins/malade. C’est la question de la reconnaissance de la personne et de son libre arbitre, rejoignant aussi l’approche de l’autonomie des malades des pays anglo-saxons. La médiatisation de la maladie d’Alzheimer auprès du grand public concourt aussi à la déstigmatisation de la maladie. La meilleure connaissance de la maladie et de ses symptômes par les patients et leur entourage permet-elle pour autant une annonce au nom de cette relation renforcée de la confiance ? (10, 15).

En fonction des problèmes soulevés, des compromis nécessairement transitoires et négociables selon une méthodologie éthique (N. Léry), l’annonce tient compte :

  • Des repères juridiques et déontologiques ;
  • De l'obligation d'informer (6) ;
  • De l'accès libre du patient au dossier (Loi Kouchner).

Selon le code de déontologie,tout acte médical doit faire l’objet d’une information au patient en vue d’une connaissance nécessaire pour décider de son sort (principe d’autonomie de l’individu). « L’information simple, intelligible et loyale » devrait conduire à l’obtention d’un consentement éclairé aux soins (Art. 35 du Code de Déontologie). Tout au long de la maladie, l’information et les explications tiennent compte de la personnalité du patient en vue de leur compréhension. Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas selon l’Article 36 (14). Concrètement, ces informations sont recevables lorsque le patient est encore conscient de ses troubles et en mesure d’exercer son libre arbitre, c’est-à-dire au stade initial de la maladie. Mais à un stade avancé, dans certains cas de troubles cognitifs majeurs, le patient est-il en mesure de comprendre l’information ?

 

Le postulat est que tout patient a droit à l’information même si ses capacités lui permettent d’en saisir seulement une partie

 

L'obligation d'informer le patient (6, 1) nécessite donc d’évaluer la compréhension cognitive de cette information (discernement) par une ou plusieurs consultations, en s'adaptant au rythme d'appropriation du patient. Par exemple, la présence de troubles du langage peut biaiser l’évaluation des fonctions cognitives dont la mémoire, d’où l’intérêt d’une compréhension précise des dysfonctionnements langagiers (12). Le maintien de cette information, l’annonce du diagnostic malgré l’amnésie, autrement dit le maintien de la capacité à prendre une décision mais aussi, la gestion de la charge affective de cette information, rendent nécessaire d’apprécier la capacité à faire face et le désir d’exprimer une volonté. L’ensemble nécessite une bonne connaissance du patient par le thérapeute, non réductible aux tests neuropsychologiques.

Le postulat est que tout patient a droit à l’information même si ses capacités lui permettent d’en saisir seulement une partie (11). Lespathologies cérébrales incriminées ici altèrent de façon progressive les fonctions cognitives du patient, c'est-à-dire les moyens intellectuels dont il dispose pour traiter les informations de l’environnement : la maladie entraine un affaiblissement progressif dujugement. Mais la législation peut-elle retenir des critères de consensus avec un seuil de déclin cognitif rendant inapte au jugement pour lui-même ? Dans ce domaine, la loi parait impropre pour décider à quel moment un individu ne peux plus discerner pour lui-même (9).

 

 

L'information nécessite un accompagnement

 

Certains patients ne paraissent pas en situation de supporter une information grave. « Le parler vrai » impose dans tous les cas la double clause de conscience régulant la relation médecin/malade : soigner et accompagner. L’information s’inscrit dans un cadre de soins et s’accompagne d’un soutien psychologique (rôle de conseil du médecin) : « Nous devons envisager les conséquences de l’annonce de la maladie d’Alzheimer » (10).

Les informations données (annonce diagnostique, investigations, traitements proposés, utilité et risques et conséquences prévisibles en cas de refus) sont notifiées dans le dossier médical accessible à sa demande par le patient depuis la loi Kouchner sur les droits des malades (2002).Dans l’avenir immédiat, le dossier médical personnel (partagé) forcément concis pour des raisons pratiques, permettra-t-il des nuances de notifications pour éviter des erreurs de compréhension mutuelle ?

 

woman-65675 1280

 

Faut-il également informer la famille ?

 

Taire le diagnostic au patient et l’annoncer à la famille remet en question la relation de confiance entre le malade et son praticien. Les non-dits, voire les mensonges nuisent à l’étayage d’un patient déjà désorienté. Dans certaines enquêtes, 43 à 83% des proches préféreraient que le patient ne soit pas mis au courant du diagnostic mais 90% des sujets âgés non atteints souhaiteraient connaitre leur maladie s’ils en étaient affectés (8,15).

En outre se pose le problème de la violation du secret médical. Celui-ci est dû au patient et donc à sa liberté personnelle (Art. 4 du Code de Déontologie médicale). Certains patients interdisent la révélation d’une maladie grave à leur proche. Il peut exister une mésentente, des incompréhensions provoquées par les troubles neurologiques du patient, avec son entourage. La frontière est complexe, tenue entre obligation et nécessité d’informer sur certains risques dus à la maladie (M.P. Pancrazi (9)). Dans le cas de conflit dans l’entourage, le médecin pourra inciter le patient à faire le choix d’une personne de confiance, avec détermination de leurs liens (familiaux , amicaux, de voisinage) (15) s’il ne l’avait pas désignée auparavant.

 

 

Faut-il informer la personne de confiance ?

 

Un repère juridique important est la loi de 1968 sur les incapables majeurs. L'information concernant le patient doit être donnée à la personne de confiance si le patient l'autorise ou à défaut au représentant légal, ce qui pose le problème de la diffusion de l'information. Il est recommandé de recueillir le consentement de la personne de confiance pour tout acte qui engage la santé d'un patient jugé incapable (cf infra, 15). C'est une obligation s'il est dans l'impossibilité d'exprimer sa volonté. Il paraît important de rappeler ici qu'il n'y a aps de corrélation avérée entre le déficit cognitif qui entrave la capacité d'effectuer tous les actes de la vie civile et la volonté de donner son avis sur les soins pratiqués ou le sdécisions importantes concernant sa vie future. 

 

Une réponse à ces porblèmes éthiques se trouve dans un effort de formation large du médecin à la prise en soins de ces patients et une réflexion étendue, sachant que la décision finale est à réserver au colloque singulier entre médecin et patient. 

 

 

- Repères culturels et moraux : L'appréhension de la maladie d’Alzheimer tient aux références culturelles, à sa représentation dans l’imaginaire collectif  où elle est synonyme de » démence »  interprétée comme « folie ». A la différence de la médecine  où elle est une maladie cérébrale d’aggravation  progressive source de perte d’autonomie ; entité médicale, pour laquelle on dispose de stratégies de traitements. Maladie neurodégénérative  exclue le terme de démence car dans la représentation et les projections, les maladies qui touchent l’esprit, les « démences « engendrent un rejet, elles affectent l’autre, qui devient l’étranger ; ceci rejoint aussi la crainte du grand âge, de sa fragilité accompagnée de pertes de mémoire avec la crainte aussi de la dépendance, d’où la tentation pour certains médecins de participer à cette dénégation collective en réduisant ces maladies à un effet de l’âge. La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées constituent un vieillissement accéléré, représentation négative de la vieillesse et de l’approche de la mort.

 

Le risque est de ne pas reconnaître les sujets âgés dans leur difficulté et d'ajouter à leur incompréhension à l'égard de leur dissolution psychique, le sentiment d'être non entendu, abandonné (M.P. Pancrazi, (9)).

 

-Repères moraux : la franchise de l’annonce du diagnostic rejoint souvent le respect de la dignité du patient. La politique de responsabilisation systématique anglo-saxonne vis-à-vis des annonces de maladies graves ou au pronostic sombre est basée sur la vision égalitaire de la relation traduite en « alliance thérapeutique ». La tradition médicale française, différente, est basée sur un principe de bienfaisance (appelée parfois de non-nuisance) mais avec la réserve d’une inégalité entre le médecin détenteur du savoir et le patient souffrant. Dans le cas des maladies d’Alzheimer et apparentées, comment respecter au mieux la dignité, l’identité d’un patient à la conscience altérée, partie prenante de la communauté humaine ? Peut-on l’informer sans nuire, alors qu’il n’en exprime pas nécessairement le désir? Pour ces patients fragilisés par la maladie, l’éthique est avant tout une attention à la fragilité (R.Gil : identité du vieillissement in 4), entendue ici comme responsabilité dans la relation à l’autre, en référence au sens décrit par E. Levinas, elle ouvre à une reconnaissance de l’altérité. Cette position permet la rencontre avec l’autre, humain, en terme de fraternité au cas par cas, en assumant sa faiblesse, sa vulnérabilité.

 

 

Aspects psychologiques 

 

Les maladies neurologiques à l’âge avancé doivent être pensées dans leur double appartenance psychique et somatique. La dimension psychologique souligne la relation nouée entre le patient, la famille et le soignant.

 

- Du côté du patient :la réaction à l’annonce de la maladie est accompagnée d’une réaction à la perception du handicap et de la perte. Elle s’intègre à son histoire personnelle en fonction de sa personnalité, des mécanismes de défense élaborés dans le passé face aux pertes .

Plusieurs réactions sont possibles dont la sidération affective avec absence d’expression apparente, témoin de son impuissance à faire face ; mais à l’opposé, parfois, un déni de la réalité de la maladie est possible, illusion de toute puissance avec fuite en avant, ou encore un état dépressif avec risque d’évolution délétère (8,15). L’isolement affectif, l’impossibilité de partager ses sentiments et émotions lors du déclin des facultés cognitives peuvent limiter le consentement aux soins, et altérer le pronosticévolutif.

L’apport de l’information nécessite donc d’être accompagné d’un soutien individuel psychologique, au mieux par des interventions structurées, ce qui impose de fait la pluridisciplinarité.

Diverses études montrent que les interventions psychothérapiques interpersonnelles ou en groupe favorisent un meilleur ajustement émotionnel, réduisent l’émergence de troubles affectifs et comportementaux des patients et des proches (Charazac, Aide-mémoire de psycho-gériatrie (dunod), 3). Un autre axe de soins développé au début de la maladie peut être de mobiliser les ressources avec des mécanismes d’ajustement mis en place pour faire face à la maladie dans le sens du « Coping » (Pancrazi (9)). En pratique, c’est une aide aux questions concrètes dans la réalité avec la mise en place d’aides externes possibles : Quels sont ces troubles ? Peut-on renforcer sa mémoire dans la vie quotidienne ? Quels sont les effets des médicaments ? Comment parler avec ses proches ? Où et comment s’adresser pour avoir des aides ?

Le risque est de proposer la répétition sous forme d’entretiens personnalisés de questions-réponses explicatives sur la maladie, ses conséquences, rassurantes mais qui éludent la personnalité d’un sujet, les mécanismes de défense opérants mis en place par le sujet lui-même (14). La reconnaissance individuelle par l’écoute et la responsabilisation dans la relation sont toujours nécessaires.

 

old-peoples-home-63617 1280

 

- Du côté de la famille : la famille ou plus largement l’entourage est la principale ressource disponible pour le patient. Elle est co-partenaire du soin. Le projet de soins envisagé nécessite de l’inclure, de nouer une alliance avec elle, n’excluant pas le patient. La relation d’aide est d’autant plus soutenue par des tiers que l’équilibre interne des proches et relationnel, familial, peut être menacé (16).

La révélation du diagnostic peut fragiliser des membres de la famille et leur mécanisme de défense. Elle doit se faire progressivement car elle entraine des bouleversements affectifs importants en son sein, avec un risque d’ "explosion" (Montfort, Vieillir, risques et chances, Lavoisier, 2015).

Parmi ces effets, le renoncement à l’image idéale du proche, particulièrement dans les couples, nécessite une adaptation proche des étapes similaires du deuil. La maladie peut ainsi créer des crises et des conflits par angoisse et agressivité devant l’atteinte psychique et cognitive du proche. La mise en mots peut aider à éviter des projections multiples avec des peurs et des non-dits.

Le travail sur la réalité par les réunions de famille avec l’échange du vécu quotidien, l’évocation des solutions empiriques montre les ressources nombreuses développées par les familles. Elles sont utiles dans l’élaboration des soins personnalisés. Le suivi régulier permet l’organisation et l’annonce sous forme d’informations claires sur la maladie, son évolution, les thérapeutiques mais aussi sur les capacités persistantes du patient et ses aptitudes dans la viequotidienne.

La répétition et la diversification de l’information, les réunions de famille, les supports écrits et institutionnels  sont très utiles ; selon les études recensées, les groupes à visée éducative ont une grande efficacité pour informer et guider les aidants naturels, et aussi prévenir leurs troubles psychologiques (15).

 

Les propres représentations des médecins, leur façon de concevoir la maladie, son diagnostic et son traitement, interfèrent avec les modalités de l’annonce

 

- Du côté du soignant : l’information donnée sur la maladie dépend largement de la qualité d’écoute et de l’empathie du soignant, de sa capacité à entendre la demande, pour permettre la liberté de choix du patient. Les réticences à parler de façon claire de la maladie désorientent le patient et sa famille. Actuellement, le problème de l’annonce est rendu plus difficile par la remise en cause par une partie de la communauté médicale (1)  de l’utilité des thérapeutiques, mais également par la mise en doute de l’intérêt même d’établir le diagnostic de maladie d’Alzheimer. La difficulté d’informer peut participer d’une dénégation de la maladie, assimilée au vieillissement cérébral.

Les propres représentations des médecins, leur façon de concevoir la maladie, son diagnostic et son traitement, interfèrent avec les modalités de l’annonce (13), car cela renvoie pour lui aussi à des images de perte de sens, de risque de dépendance, de changement de rôle social.

La relation avec les sujets atteints suppose que le médecin et les soignants aient accompli un véritable travail à l’égard du signifiant « altération cognitive majeure », travail de « deuil » de la possibilité de réparer (de guérir) le patient. La qualité de la relation dépend de la démarche personnelle du thérapeute. Le médecin doit trouver les mots justes pour signifier l’engagement de l’équipe médicale aux côtés du patient et avec ses proches (G. Demoures in 13). La formation, le travail d’équipe sont mis à disposition du soin.

 

 

Conclusion

 

Au total, pour la maladie d’Alzheimer et maladies apparentées, des recommandations pour l’information des sujets malades et leurs proches ont été faites. Elles reposent sur les préalables compris d’un temps nécessaire pour comprendre, un temps pour accepter et d’un temps pour faire face (9).

L’annonce est :

  • Prudente, en tenant compte du choc provoqué, de la capacité à entendre du sujet, ce qui suppose un temps de connaissance du patient ; un modèle réaliste des troubles (de mémoire dans la vie quotidienne et en fonction des connaissances scientifiques) permet au patient (et à ses proches ensuite) de relier son ressenti à ses incapacités ;
  • Progressive, en s'aidant avant l'annonce de la recherche des arguments des tests neuropsychologiques et des examens complémentaires nécessaires pour comprendre ;
  • Adaptée à la personnalité du patient selon son histoire de vie, en évitant les « non-dits » et mensonges (14).

 

L'information sera :

  • Claire, à propos de l'affection et de ses traitements ;
  • Répétée, en tenant compte de l’amnésie progressive et du retentissement affectif initial, du contrat de soin, noué avec le patient et sa famille ;
  • Limitée, en raison du respect de confidentialité aux intervenants partenaires médicaux auprès et après avis du patient et de ses proches ;
  • Homogène, entre ces intervenants médicaux ;
  • Inscrite dans une alliance thérapeutique avec le patient et la famille, sollicitant les capacités d’aide de cette dernière ;
  • Protégée, dans une prise en soins au long cours – Déclaration de ces affections comme étant de longue durée (ALD) prise en charge à 100% en France – pour l’accompagnement et le soutien du patient avec des consultations régulières, du patient et de sa famille, et une éventuelle psychothérapie.
  • Diversifiée, selon les associations de familles (France Alzheimer), les équipes et les supports institutionnels et aides spécialisées à domicile avec leurs supports écrits.

La démarche éthique du médecin et de l’équipe soignante pour l’annonce du diagnostic pose la question du sujet, de la responsabilité dans la relation au patient atteint d’une maladie d’Alzheimer ou apparentée. C’est même la noblesse de la « vocation médicale de se confronter à cette annonce conscient des enjeux qu’elle implique » (Parmentier (10)).

 

Vous aimerez aussi :

  1. Du consentement dans la maladie d'Alzheimer : aux confins de l'humain, l'éthique
  2. Il refuse tout, même de se laver !
  3. 20 aphorismes sur la fin de vie !
  4. L'accompagnement, pour ne pas être seul
  5. Parier sur les possibles dans les maladies neurodégénératives atteignant la conscience : un défi éthique

 

Notes de bas de page :

1- Bakchine Serge, et Médecins des 28 Centres de Mémoires de Ressources et de Recherche, Lettre ouverte à Mme Agnès BUZYN, Ministre des Solidarités et de la Santé : Non au déremboursement des médicaments symptomatiques de la maladie d’Alzheimer, Neurologies Juin 2018, 21 – N°209 ; p158-161

2- Dartigues J.F., Hémar A., Marini P., Boudault A. – Alzheimer : Parlons-en. Gulf Stream Ed. (St Herblain) 2013 ; 46p.

3- Fernandez Philippe : Gérontopsychiatrie et Démence. in Alzheimer, Organiser une prise en charge globale (Trochet c et al.) – Revue de l’infirmière janvier 2017 ; n°227

4- Hirsch Emmanuel « chapitre 5 : L’espace National de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer. Une autre approche de la maladie et de la responsabilité éthique ». Journal International de Bioéthique 2012-2013 (Vol. 23) ; p87-94.

5- Mahieux Florence. L’annonce du diagnostic dans la maladie d’Alzheimer. Gérontologie 2003 – 126 ; p40-41.

6- Maladie d’Alzheimer : dispositif d’annonce du diagnostic et d’accompagnement – HAS, Anesm – Avril 2012 – In Revue de Gériatrie, Tome 37 – N° 6 ; juin2012.

7- Maladie d’Alzheimer : Réfléchir ensemble au processus d’annonce du diagnostic (collectif Formation) Institut Alzheimer, Association des Neurologues Libéraux de langue Française(ANLLF)

8-Menard Joël–Médecine de la Mémoire,mémoire de médecin : Le Plan Alzheimer 2008-2012. Solal ed.2011 ; 494 p.

9- Pancrazi Marie-Pierre – Annonce du diagnostic au sujet atteint de maladie d’Alzheimer et à sa famille – In Ethique et démence sous la direction de MP. Pancrazi et P. Métais. Masson (Acanthe) Ed. 2004 ; p13-30.

10- Parmentier G. – Alzheimer : Ethique de l’annonce du diagnostic – In Dementiae mai-juillet 2005 ; p 120-122.

11- Péju Liliane – L’annonce du diagnostic de Maladie d’Alzheimer. In Alzheimer : l’aide aux aidants : une nécessaire question éthique sous la direction de Gaucher J., Darnaud T., Ribes G. Chronique sociale Lyon 2004 (comprendre les personnes) ; p36-39.

12- Pistono A., Jucla M., Bézy, Pariente J. – Langage et maladie d’Alzheimer – les patients à l’épreuve du discours – Neurologies 2018, 21 – N° 207 ; p109-112

13- Prise en soin du patient Alzheimer en institution –sous la direction de Demoures G. Strubel D. Masson ed.(Acanthe) 2006

14-Ruszniewski M. Boulenc C. – L’annonce d’une mauvaise nouvelle médicale – Epreuve pour le malade, défi pour le médecin – Laennec 2012 /2 Tome 60 ; p 24-77

15- Verny Marc – Comment l’annonce du diagnostic de maladie d’Alzheimer est-elle vécue par le malade ? In La maladie d’Alzheimer : 100 conseils essentiels. M. Verny – Solar ed. 2018 ; p 193- 198

16- Zimmermann Jean-François – In Alzheimer, quand l’accompagnement devient un fardeau : promotion de la santé – In Objectif soins et management 218, Sept 2013 ; p42-47.

 

 

 

 

Partager sur Facebook

Postez votre commentaire

0
Restrictions sur les pièces jointes Seules les extensions de fichiers suivantes sont autorisées: bmp, csv, doc, gif, ico, jpg, jpeg, odg, odp, ods, odt, pdf, png, ppt, rar, txt, xcf, xls, zip 0 / 3
conditions d'utilisation.

Linked twitter Facebook VimeoYouTubeGoogle

Nouveautés