Toute demande d'euthanasie n’est pas une demande de mort

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La vie est devenue trop insupportable et le malade en fin de vie demande la mort pour mettre fin à ses souffrances. Quelles réponses apporter à un malade qui vous supplie de mourir ? Comment comprendre une telle demande ? Voici quelques pistes pour réfléchir aux meilleures solutions possibles avec le professeur Benoît Burucoa, chef de service des soins palliatifs au CHU de Bordeaux. [...]

art16 ima03Professeur Benoît Burucoa, chef de service de soins palliatifs et d'accompagnement, CHU de Bordeaux, professeur associé de médecine palliative, université Bordeaux II. 

 

 

 

Tout doit être fait pour soulager et apaiser. Et pourtant, certaines souffrances suscitent une demande d'euthanasie. La souffrance du malade peut être intense et complexe. N'est-il pas compréhensible qu'une personne qui souffre dans toutes les sphères de sa vie, en vienne à aspirer à la mort comme à une délivrance. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle demande l'acte de provoquer sa mort. Mais sa vie ne lui paraît plus supportable. Un être perclus de douleur ou isolé, abandonné, aura du mal à faire face, à tenir le cap de sa vie. À ce moment, le projet et le plan de soins doivent être réétudiés, réévalués à plusieurs.

Recevoir la demande en équipe

Quand un malade demande à mourir, quand il refuse un traitement, il faudrait être capable d'entendre sa demande, essayer de la comprendre, sans la juger. Le malade a le droit de demander l'arrêt du traitement. Mais devant toute demande, il convient de prendre du temps, du recul, pour écouter et discerner ce qui se cache derrière ce choix. Nous ne pouvons que souligner l'importance d'une équipe pluridisciplinaire d'accompagnement. En effet, la demande est souvent exprimée à un membre de l'équipe ou de l'entourage qui va la transmettre à l'équipe. Celle-ci réévaluera l'état du malade, ce qui lui est supportable, ce qui est bienfaisant pour lui, ce qui est proportionné à l'évolution de sa maladie, à la situation... À l'issue de ce partage en équipe, le médecin peut proposer un projet de soins d'accompagnement, incluant la famille, et la personne malade reste libre d'accepter ou de refuser.

 

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Les équipes de soins palliatifs sont précisément là pour ces patients qui évoquent ou demandent un acte d'euthanasie car il faut tout faire pour leur rendre la vie supportable. Leur mission est de nettoyer l'aire des souffrances.

La mission des équipes de soins palliatifs est de nettoyer l'aire des souffrances

L'évocation de la mort comme délivrance

Parfois, le patient subit une poussée violente de douleur physique ou psychique, où le soignant est confronté à une situation dans laquelle il peut être pris dans la nasse. La souffrance peut s'enkyster et la demande d'euthanasie peut apparaitre refroidie, raisonnée, renforcée. Quatre grandes peurs concernant les conditions du mourir font le creuset de la demande : la peur d'étouffer, celle d'éprouver des douleurs insupportables, la répulsion face à la déchéance, à la dépendance, et la peur de l'isolement, de l'abandon. La peur de l'au-delà est bien rare.

Les situations parmi les plus difficiles sont celles où le patient, et le plus souvent ses proches, demandent la « piqûre qui fait mourir », alors que les douleurs physiques paraissent soulagées. Cette souffrance morale, psycho-existentielle, peut paraître réfractaire. Les soignants, les bénévoles sont désemparés. Alors, il n'existe pas de solution miracle, mais la dimension psychologique et surtout familiale doit être explorée de nouveau, les antalgiques et les psychotropes utilisés à bon escient. Une équipe spécialisée en soins palliatifs devrait pouvoir être appelée quel que soit le lieu de vie et l'âge de la personne malade.

« Si l'angoisse de la mort et les réponses collectivement formulées pour l'apaiser constituent le fondement de tout édifice social, qu'en est-il alors d'une société où la mort passe du statut de socle ontologique à celui de contingence historique ? D'une société engagée dans une lutte pour en finir avec la mort au point que chaque décès prend des allures d'une défaite scientifique ? Où le fait d'être mortel relève d'une logique évènementielle plutôt que d'un phénomène naturel ? Où la volonté de prolonger indéfiniment la vie ici-bas se substitue au désir d'atteindre l'immortalité dans l'au-delà ? Où ce n'est plus la mort elle-même qui apparaît comme l'horizon inéluctable, mais l'évolution technoscientifique ? ».

 

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Résister à la demande euthanasique

Seule la réalisation de projets de soins palliatifs pourra atténuer la pression de la demande euthanasique brûlante. Or, nous sommes actuellement au milieu du gué. Nous ne cessons d'exercer des pressions sur les pouvoirs publics, pour qu'il y ait davantage de lits en soins palliatifs en particulier en milieu rural et en milieu gériatrique, et plus de financements pour les équipes mobiles et les réseaux de soins palliatifs. Les soins palliatifs cherchent à éviter l'obstination déraisonnable. On peut interrompre des soins spécifiques, pratiquer un acte de sédation en faisant attention au risque de dérive vers les cocktails lytiques toxiques perfusés intentionnellement. Par ailleurs, débrancher un appareil respiratoire ou cesser d'administrer un tonicardiaque n'est pas un acte d'euthanasie.

Peut-on faire de la mort une fin de vie ?

La Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs, la SFAP, est clairement opposée à la dépénalisation de l'euthanasie. Ce serait une régression sociale et civique. Cela entraînerait un fort risque de menace euthanasique notamment sur les personnes âgées dont la marée montante suscite un coût psychologique, social et sanitaire de plus en plus lourd. L'acte d'euthanasie est un piètre palliatif. Il éteint les flammes de la souffrance immédiate, mais les braises du deuil et de la culpabilité restent vives en devenir.

« La question est au fond celle-ci : peut-on faire de la mort une fin de vie ? Peut-on croire qu'en fonction de cette sortie éventuellement programmable nous pourrions être quittes de la question de la mort ? La mort aura été longtemps considérée comme l'évidence du néant. Devrait-on remplacer ce qui excède la possibilité de la maîtrise par un objectif dont on devrait avoir le contrôle ? ».

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