Quel plaisir à s’alimenter en fin de vie, même à l’hôpital ?

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L'alimentation est synonyme de plaisir, de convivialité et de vie. Toute atteinte de cette fonction aura un retentissement psychologique et relationnel fort, tant pour la personne concernée que pour ses proches, surtout en situation de fin de vie. Comment retrouver un peu de ce plaisir perdu ? Éclairages avec le professeur Benoît Burucoa, chef de service de soins palliatifs au CHU de Bordeaux. [...]

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Professeur Benoît Burucoa, chef de service de soins palliatifs et d'accompagnement, CHU de Bordeaux, professeur associé de médecine palliative, université Bordeaux II.

 

 

La prise en charge nutritionnelle est définie comme un soin de support et s'inscrit, en situation palliative, dans une prise en charge globale visant à maintenir ou restaurer le « bien être » du patient.

Pour adapter au mieux l'alimentation, pour que l'acte de manger reste un plaisir, il est important de connaître la personne malade et son alimentation. L'ensemble de l'équipe, particulièrement les aides soignants, et dans des cas plus difficiles la diététicienne et le kinésithérapeute, participent au bilan nutritionnel : celui-ci concerne les possibilités physiques (état dentaire, capacité de mastication et de déglutition, digestion, transit), l'appétit, les repas (fréquence et horaires), les goûts et les préférences alimentaires (quels aliments : salés, sucrés, froids, chauds ?), l'hydratation (qualitative et quantitative).

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Dans tous les cas, si le malade peut manger et s'il peut être stimulé à manger, il conviendra de privilégier la voie orale. Quatre textures différentes sont disponibles : normales, moulinées (seule la viande est hachée et les desserts sont de texture facile), moulinés-mixés (le repas est composé d'un apport protidique haché fin et d'un légume sous forme de purée, séparés. Les desserts sont de même texture), mixés (le plat principal est sous forme d'une purée composée de viande, de poisson ou d'œuf, de pommes de terre et de légumes).

L'adaptation des horaires est recherchée dans les établissements de santé car les patients fatigués et anorexiques n'ont pas toujours faim et envie de manger quand le chariot-repas arrive. Aussi un réchauffage des plats peut être organisé. La présentation est aussi très importante : assiettes colorées, vaisselle (et non pas des barquettes).


Le respect de l'appétit est essentiel ; un repas trop garni peut complètement inhiber le patient. Il convient de proposer des petites parts, de fractionner les prises alimentaires dans la journée. Dans l'idéal, en plus des plats proposés dans les menus standards, une petite carte de choix, composée avec l'aide des proches, peut permettre au patient de trouver des repas plus à son goût. Divers compléments alimentaires oraux sont disponibles. Ils permettent d'apporter sous forme condensée, liquide ou de texture facile, un maximum d'énergie et/ou de protéines. Certaines équipes réalisent à partir de recettes classiques des préparations type potage, crème ou purée. En pratique, il est important de varier les compléments, leurs parfums et saveurs, leur consistance.

Un repas trop garni peut complètement inhiber le patient

Il est essentiel de respecter les limites de la personne malade, de ne jamais la forcer, d'expliquer les modifications de son comportement alimentaire à ses proches souvent très réactifs à ce sujet. Si le repas est pour lui source de contrainte, pourquoi le lui imposer ? En revanche, dans l'optique du plaisir, il est possible de solliciter ses envies et de les réaliser en partenariat avec la famille. La prise du repas est un moment de partage, mais autant que possible le grand malade ne prendra pas son repas tout seul, grâce à une mobilisation de l'équipe, de la famille, voire de bénévoles.

Enfin, l'alimentation peut être améliorée lors de moments festifs tel un anniversaire, favorisant le rassemblement et la convivialité.

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