Covid-19 et Jean-Jacques Goldman : "Il changeait la vie !"

Partager sur Facebook

Jean-Jacques Goldman chantait en 1987 : « Il changeait la vie » ! Plus de 30 ans après, ces paroles sont un hommage à tous les anonymes qui oeuvrent dans l'ombre pour venir en aide à celles et ceux qui sont touchés par la Covid-19. Un texte rempli de gratitude offert par le professeur Bettina Couderc, chercheur à l'INSERM de Toulouse et présidente du CPP du Sud-Ouest et Outre-Mer (Lire la suite...)

Bettina Couderc

 

Professeur Bettina Couderc, professeur de biologie moléculaire et biotechnologies à l'Université Paul Sabatier (UFR Santé) et chercheur dans l'équipe INSERM "Center of Epidemiology and Research in POPulation health" (CERPOP), présidente du Comité de Protection des Personnes (CPP) du Sud-Ouest et Outre-Mer II, Toulouse, France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous voulons souligner que, même en temps de pandémie où la plupart de nos concitoyens sont malheureux (perte d’un proche), inquiets (pour leurs proches, peur de l’avenir économique), tristes (confinement pesant) voire en colère (absence de visibilité sur notre avenir), nous pouvons dire « merci » pour certaines actions qui ont été menées depuis un an (ou des dizaines d’années… car le vaccin ne date pas d'hier), dans l’ombre, par des soignants (au sens large du terme), des chercheurs, des bénévoles, des éthiciens, des dirigeants d’entreprises des « anonymes », etc, dans le respect de l’éthique. 

 

Dans un premier temps, merci aux soignants

Les français ont eu la surprise de découvrir (grâce aux journalistes) le monde hospitalier et plus particulièrement, un service plutôt méconnu jusqu’alors : la réanimation. Ils ont réalisé ce qu’était la souffrance, la solitude et aussi la mort en hôpital (filmé hélas souvent sans réel discernement et sans préserver la dignité des patients). La mort est entrée dans leur quotidien, même pour certains, plusieurs fois par jour au grès des informations télévisées. Les français se sont rendus compte de la réalité de ces services, très techniques, où l'on lutte pour la vie et où l'on meurt aussi. Ils ont identifié des soignants dont le quotidien consiste à lutter pour la survie de leurs patients, et surtout, ils ont réalisé que des soignants prennent quotidiennement seuls des décisions « difficiles » pour leurs patients (proposition d’un plan de traitement hors service de réanimation, arrêt des soins quand la souffrance engendrée par les traitements est supérieure au bénéfice thérapeutique) (Dagorn, 2020). Alors dire « merci » à tous les soignants (réanimation mais de façon plus générale tous nos soignants) et à celles et ceux qui ne comptent pas leurs heures et leur bienveillance envers les plus vulnérables est devenu une évidence.

 

Dire « merci » à tous les soignants est devenu une évidence

 

Autour du monde hospitalier, et donc des soignants au sens large (médecins, infirmiers, infirmières, aide-soignants, etc.), se greffe tout un ensemble d’associations ou comités dont les missions sont d’œuvrer bénévolement à améliorer l’accueil des patients (et de leurs proches) et le travail à l’hôpital. Ces comités rassemblent les représentants des usagers, les visiteurs bénévoles, les aumôniers, les éthiciens, les philosophes, des juristes, etc. Ces comités d’éthique se sont spontanément constitués dès le début de la pandémie au niveau hospitalier, départemental, régional ou autres afin de proposer leur aide aux soignants. Cette aide s’est manifestée principalement dans la réflexion sur le bien agir ensemble (l’éthique donc) pour la protection des plus vulnérables. Ils ont été mobilisables H24 pour soutenir les soignants dans leur réflexion sur l’adéquation entre l’offre de soins et le nombre de patients entrant (éviter la justice distributive autant que faire se peut). Ils ont élaboré des guides de réflexion à destination des responsables de service et des soignants afin de gérer l’afflux et l’admission des patients dans les différents services. Tous ces bénévoles, issus du monde hospitalier ou pas, ont été mobilisables 24h/24 afin de participer à la réflexion pour la mise en place d’une médecine personnalisé: quel est la meilleure approche suivant la balance bénéfice/risque pour tel patient atteint de la Covid-19 ? Bien-sûr, ces bénévoles ne se sont pas substitués aux médecins (la décision médicale appartient au médecin) mais ils ont participé à des réflexions sur la définition de la meilleure stratégie du point de vue qualité de vie pour de très nombreux cas particuliers. Ne pouvons-nous pas dire merci à ceux qui, dans l’ombre, ont œuvré dans toutes les villes de France afin de garantir que les français puissent être tous considérés chacun pour soi-même et non pas selon des arbres décisionnels ? Ils ont soutenu les soignants afin que ces derniers puissent toujours veiller au maintien de la dignité des patients et ne cèdent pas à une logique utilitariste. Ils les ont soulagés par leurs conseils lors de prise de décision difficile (Monaco et al., 2020; Pattison, 2020) [1].

 

dental-5105368 640

 

Autour des structures hospitalières il y a des Espaces de Réflexion Ethique (ERE) régionaux qui rassemblent eux aussi un ensemble de bénévoles. Ces derniers se sont mobiliséplusieurs fois/semaine afin de générer des guides à destination des services hospitaliers et des cliniques pour aider entre autres à la gestion des famille (visites, soutien psychologique, etc.) et la gestion des ressources. En effet, la pandémie a généré des drames humains. Les personnes hospitalisées (pour Covid ou autre), les personnes en affection longue durée, les personnes en fin de vie (par exemple en cancérologie), les personnes âgées en EHPAD, etc., se sont retrouvées privées de visites et isolées. Il a fallu des heures de négociations et des trésors de patience et de pédagogie pour les bénévoles des ERE afin de définir avec les directeurs de toutes les structures des protocoles de visites (famille, bénévoles, aumôniers) afin que les plus vulnérables ne soient pas abandonnés de la société [2].  

 

Revenons aux soignants : est ce que les français savent que dès le 9 février 2020 un essai clinique était déjà démarré en France afin de déterminer quel serait le meilleur traitement pour soigner la Covid 19 ? (Pour rappel, le premier cas officiel en France était déclaré le 25 janvier 2020). Il y a eu plus de 500 essais cliniques entre février et juillet 2020. Chaque essai nécessite un promoteur (académique ou industriel), une équipe de soignants, une structure organisationnelle, des fonds, etc. Il doit passer par les fourches caudines des comités hospitaliers qui choisissent les essais les plus pertinents avant de les faire passer à la DGS (Direction générale de la santé) qui va les confier pour évaluation à l’ANSM et aux CPP (ensemble de bénévoles). Hors pandémie un essai obtient un avis favorable pour être mené en au moins 3-4 mois avant d'avoir été déposé. Pendant ce printemps, les propositions d’essais cliniques ont été évaluées en moins d’une semaine. Ce fait n’est pas dû à un non-respect des procédures, de la règlementation et de l’éthique pour la protection des patients mais parce que, d’une part, les soignants (sauf exception) ont eu à cœur de proposer des essais bien menés et scientifiquement valables et, d’autre part, les membres des différentes instances d’évaluation ont accepté de sacrifier temps libre et nuits pour réaliser les évaluations en accéléré (Luo et al., 2020; Reyes, 2020). Merci à elles, à eux et aussi aux différents arcanes de l’administration qui ont su orchestrer les interactions entre les différentes commissions en temps accéléré. Les « fonctionnaires » sont souvent critiqué; pendant la pandémie un grand nombre d’entre eux ont travaillé d’arrache pieds pour qu’un traitement soit identifié rapidement par les soignants et les industriels (Vignot et al., 2020).

 

 

Pouvons-nous remercier nos gouvernants?  

Nous constatons que le gouvernement actuel ne fait pas l’unanimité[3]. Il est vrai que constitué d’un ensemble très hétérogène de personnes et sans réelle légitimité, il s’est retrouvé sans préparation face à une situation grave après avoir fédéré contre lui toutes les amertumes et incompréhensions (crise des gilets jaunes). Que retenir de la pandémie ? Quelles sont les valeurs éthiques qu’ils ont défendues ? Nous sommes un pays qui a eu à cœur de protéger le plus possible les plus vulnérables : les personnes âgées. Si on analyse l’âge moyen des hospitalisés en réanimation pour la Covid-19, on constate qu’il était de 81 ans. Une autre frange de la population était une cible de l’infection virale, ceux qui vivent en situation précaire, très nombreux dans une surface retreinte et sans beaucoup d’aération. Donc, en confinant entièrement tous les français, on a décidé de protéger en premier lieu les personnes âgées mais également les personnes les plus défavorisées et les plus vulnérables. Dans certains pays, la prise de décision de confinement a été prise bien plus tardivement. 

 

hospital-3192833 640

 

En ce qui concerne l’admission en réanimation en temps de pénurie de place, la France a choisi de privilégier la dignité de la personne et sa singularité. Nous n’avons pas, comme d'autres pays, choisi de ne pas accepter en réanimation les personnes de plus de 75 ans, de plus de 80 ans ou 81 ans. La France n’a pas choisi la justice distributive, elle n’a pas décidé qu’une vie valait plus qu’une autre vie. Elle a tourné le dos à une réflexion dite utilitariste. C’était une décision courageuse et « éthique ». On se rend compte de la difficulté à décider d’un confinement avec des conséquences économiques et de la détestation de ses administrés.

 

Est-il éthique de vendre un produit qui est sensé guérir le monde entier d’une pathologie potentiellement mortelle ?

 

Quand la campagne de vaccination a démarréà la différence d'autres pays, la France a décidé de prioriser les plus vulnérables d’entre les vulnérables : les personnes âgées en EHPAD[4]. Ceux qui ne paient pas d’impôts ou peu là aussi on est dans une politique qui préserve le plus faible. 

 

Les esprits chagrins penseront quand même qu’il y a de grands gagnants de la pandémie : les industriels, ceux qui ont commercialisé les masques, les kits PCR, les médicaments, les vaccins, etc. Est-il « éthique » de vendre un produit qui est sensé guérir le monde entier d’une pathologie potentiellement mortelle ? Est-il déontologique de s’enrichir sur le dos des pays en voie de développement qui ne peuvent pas nourrir leurs populations ? Certes non. Mais si on veut regarder le verre à moitié plein, on peut citer le cas du Dr Pittet, inventeur du gel hydroalcoolique (Traore et al., 2007) qui a « donné » la formule du gel à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et ne prendra aucune royaltie sur la vente du gel (il serait multimilliardaire à ce jour). Épiphénomène diriez-vous, revenons aux vaccins, à la rapidité du développement et à l’aventure humaine. 

 

 

L'aventure humaine de la recherche sur les ARN messagers et du vaccin anti-Covid-19

 

D’abord l’aventure humaine (Guerin, n.d., Garde et al., n.d.) : Katalin Kariko quitte la Hongrie avec sa fille en 1984. Elle passe la frontière avec ses économies cachées dans le nounours de sa fille. Son rêve : travailler sur l’ARN messager. Elle laisse son pays, son époux (qui n’a pas pu sortir de Hongrie et qui ne pourra la rejoindre que de nombreuses années plus tard) pour la recherche fondamentale, pour l’accroissement de la connaissance de la recherche académique. Elle est engagéà l’Université de Pennsylvanie. L’ARNm n’est pas « à la mode ». C’est le début de la thérapie génique (avec ADN). Les ARNm sont immunogènes. Il n’est pas possible de les injecter à un organisme, d’envisager un traitement avec eux (trop immunogènes). Katalin ne baisse pas les bras. Au lieu d’abandonner et de passer sur un sujet plus « en vogue », elle se dit humblement que peut être, elle ne travaille pas assez, pas assez bien et 100 fois sur le métier remet son ouvrage[5][6]. Elle se remet en question. Cela durera près de 20 ans. Avec son collègue Drew Weissman elle végètera sans fonds et avec un petit salaire à l’université. Elle est persuadée que l’ARNm est la clé pour certains traitements, qu’après injection dans un organisme il pourra être traduit et donc s’exprimer dans une cellule et avoir des propriétés de médicaments (atténuer, soigner ou prévenir une pathologie). Elle trouve enfin la solution en 2007 et publie avec Drew un article scientifique en 2008 (Karikó et al., 2008) où elle expose comment en modifiant un seul constituant de l’ARNm (l’uracile est remplacé par la pseudouracile) il devient furtif et n’induit plus une réponse immune après injection à la souris. Elle montre que l’ARNm injecté à un organisme peut-être traduit pour donner naissance à une protéine fonctionnelle (Karikó et al., 2008). C’est un bond technologique considérable. L’article n’a pas un succès immense bien que Katalin et Drew soient enfin reconnus pour l’intérêt de l’ensemble de leur travail sur les ARN. Pour rappel, les années 2000 sont les années noires de la thérapie génique avec la mise en évidence de la potentielle génotoxicité de la modification génique avec de l’ADN (Hacein-Bey-Abina et al., 2003).  

 

Katalin et Drew continueront de travailler ensemble puis séparément sur les ARNm. Ils ne toucheront pas de royalties sur les utilisations potentielles de leur invention en thérapie. 

 

En 2008, l’article de Katalin et Drew retient l’attention de Derrick Rossi. Il pense utiliser les ARN avec les modifications de Katalin (outre la substitution des uraciles en pseudouracile on a l’addition in vitro d’une coiffe en 5’ (7 Methyl Guanosine Triphosphate substituée) et d’une queue poly A) pour la dédifférenciation des cellules adultes humaines en cellules pluripotentes induites (iPS, les équivalents des cellules souches embryonnaires). Ses premiers travaux sont un succès. Ils confirment les potentialités des ARNm de Katalin. Ils sont publiés dans « Nature protocol » en 2009 (Mandal et al., 2013). Rossi cherche des fonds pour potentialiser ses travaux, aller plus loin. Il présente ses résultats àquelques collègues ayant un esprit d’entreprise fort et un bon carnet d’adresses d’investisseurs. C’est la naissance en 2010 de Moderna (acronyme de MODifiEd RNA) qui lèvera des fonds pour la mise en place de traitements de pathologies par des injection répétées d’ARNm. Toutefois en 2019 pas de molécule thérapeutique sur le marché encore (Servick, 2020, Garde et al., n.d.).

 

Outre Derrick, l’article de Katalin a retenu l’attention de deux médecins d’origine turque, Ugur Sahin et Ozlem Tureci, qui travaillent sur l’immunothérapie des cancers. Ils défendent l’idée qu’il est possible d’induire une réponse immune anti-cellules cancéreuses pour peu que les antigènes tumoraux (carte d’identité des cellules cancéreuses) soient « présenté» aux cellules du système immunitaire. Ils voient tout de suite les formidables potentialités des ARN modifiées de Katalin. En effet, ceux-ci injectés en intra musculaire permettront de fabriquer directement les antigènes tumoraux dans des cellules afin qu’elles les présentent aux lymphocytes. Ils fondent une petite biotech, BioNtech et recrute Katalin en 2013 pour les aider dans leurs travaux. Ils vont travailler comme des forçats pendant la dernière décennie pour mettre au point leur traitement. Ils publieront avec toute leur équipe plus d’une centaine d’articles scientifiques et vont faire réaliser un bond de géant dans l’immunothérapie des cancers. Ils publient leurs résultats phares en 2017 dans Nature (Sahin et al., 2017) sur leurs premiers succès dans la lutte contre le cancer.   

 

Vous vous demandez qu’est devenu Drew Weissman ? Il a eu l’idée d’utiliser les ARN pour la vaccination ! Et bien avant 2020 ! Il a contribué à la mise au point d’un premier vaccin à base d’ARN contre le Zika en 2017 (Pardi et al., 2015; Pardi, Hogan, et al., 2017; Pardi & Weissman, 2017)

 

laboratory-5722327 640

 

Le reste, vous le connaissez ! En décembre 2019, la Chine annonce la survenue d'une épidémie. Le 10 janvier 2020, la séquence en nucléotides du virus est publiée. Et Moderna et BioNtech se lancent dans la mise au point du vaccin anti-Covid. BioNtech, start up trop petite, va s’associer à Pfizer[7].

 

Le vaccin Pfizer ou Moderna est constitué d’ARN portant les substitutions mises au point par Katalin Kariko et Drew Weissman (pseudo uraciles, enrichissement en bases C et G tout en gardant le code génétique, addition de la coiffe et de la queue poly A ainsi que de séquence 5’ et 3’ non codante afin de stabiliser l’ARNm). Enfin, le vaccin a pu se développer grâce à d’autres travaux. En effet, l’équipe du Dr. MacLellan propose la modification de deux codons afin de substituer deux acides aminés par deux prolines (acide aminé hydrophobe cyclique) afin de générer, après traduction, une spicule (Spike) conforme à la spicule naturelle (Pallesen et al., 2017) en travaillant sur un virus cousin du SARS-COV2, le MERS-COV.  Leurs travaux ont été repris par l’équipe de Hsieh pour l’application de la même modification pour les vaccins Moderna ou Pfizer/BioNtech (Hsieh et al., 2020).

 

 

Merci aux chercheurs, aux inventeurs et aux industriels 

 

Les inventeurs Karolin Kariko, Drew Weissman et l’équipe du Dr. MacLellan ne retireront aucune royalities de leurs inventions. Ils disent être ravis d’avoir pu contribuer à une invention qui pemettra de sauver des vies humaines. Ils soulignent même (Guerin, n.d., Garde et al., n.d.) le travail des autres équipes mondiales. Souhaitons leur l’attribution du prix Nobel !

 

Le monde a été stupéfait de la vitesse de développement du vaccin et il est vrai que c’est une prouesse

 

En novembre 2020, le monde a été stupéfait de la vitesse de développement du vaccin et il est vrai que c’est une prouesse (Polack et al., 2020). Est-ce que la sécurité des patients est menacé? À priori, non, puisque toutes les étapes règlementaires ont été réalisées et franchies (voir plus haut pour les essais cliniques). Il faut quand même une certaine dose de courage et surtout de confiance à une entreprise pour lancer le développement d’un produit dont on ne sait s’il sera efficace. Pour développer un vaccin en un an, il fallait mettre au point une méthode de stabilisation de l’ARNm permettant qu’il ne soit pas dégradé dès son entrée dans l’organisme puis dans la cellule, que la méthode implique une modification de la structure des nucléotides (les bases uracile ont été modifiées) sans pour autant que l’ARNm ne puisse être traduit (code génétique non modifié), que les modifications de codons induisent bien la traduction d’une protéine Spike plus stable et plus immunogène et que l’injection de ces ARNm induira bien une immunité (pas d’adjuvant).

 

Il a fallu que l’industriel fasse confiance aux chercheurs (n’oublions pas que les cas de fraude scientifique sont légions à la fois dans le monde académique et industriel) et qu’il lance en même temps les essais sur animaux (heureusement, la communauté internationale bénéficiait des souris transgéniques sensibles au virus SARS-COV2) (Yang et al., 2007), la construction des chaines de production, la certification de ces chaines aux normes, la production des doses au grade clinique, la construction de hangar pour la conservation des doses avant envoi, puis les essais sur l’homme, phase 1 en 15 jours (aucun effet secondaire), puis phase 2 et très vite début de la phase 3. Pendant que l’on attend de savoir si le vaccin est réellement efficace (grâce à la confiance des dizaines de milliers de volontaires qui ont accepté de rentrer dans les essais) des milliers de doses sont produites, vérifiées, contrôlées, les dossiers d’accréditation rédigés, etc., que ce serait-il passé si au final le vaccin n’aurait pas présenté d’efficacité : tout à la poubelle? oui les industriels vont gagner de l’argent sur le développement du vaccin. Mais qui d’entre nous a le même courage, la même « inconscience » ou la même confiance de miser sur les recherches d’un chercheur non médiatique et connu des seuls spécialistes de l’ARN ? Merci donc à toutes celles et tous ceux qui osent.

 

Ce ne sont que quelques exemples. Mais la question est finalement de savoir si l'on doit jouer collectif ou individuel lors d’une pandémie. On voit ici que jouer individuel n’est pas possible. Que peut faire un chef de service seul devant un afflux massif de patients ? Que peut faire l’infirmière sans ses collègues ? Que peut faire un chercheur seul s’il ne dispose pas d’une équipe et de collègues ? Que peut faire un inventeur s’il ne dispose pas d’investisseurs qui croient en lui ? Que peut faire un éthicien si personne ne l’écoute ? Et que peut faire l’homme seul ? Merci donc à tous ceux qui se sont sentis concernés par la protection des plus vulnérables et qui ont osé s’engager pour le bénéfice de l’ensemble. Merci à tous les bénévoles qui ont « changé nos vies ».

 

Vous aimerez aussi

  1. Cellules iPS : la panacée des cellules souches ?
  2. Le scandale révélé des bébés génétiquement modifiés (Lulu et Nana)
  3. Le génome pour tous ! Ce que nous ne voulons pas connaître de nous-mêmes
  4. DPI : vers un nouvel eugénisme ?
  5. Faut-il avoir peur du transhumanisme ?

 

Références des articles scientifiques cités

Dagorn, G. (2020, November 3). “Un monde à part”: comment fonctionnent les services de réanimation. Lemonde.Fr.

Garde,  damian, & saltzman, J. (n.d.). The story of mRNA: How a once-dismissed idea became a leading technology in the Covid vaccine race. Retrieved from https://www.statnews.com/2020/11/10/the-story-of-mrna-how-a-once-dismissed-idea-became-a-leading-technology-in-the-covid-vaccine-race/

Guerin,  renaud. (n.d.). Explorons le code source du vaccin BioNTech / Pfizer contre le SARS-CoV-2.

Hacein-Bey-Abina, S., von Kalle, C., Schmidt, M., Le Deist, F., Wulffraat, N., McIntyre, E., Radford, I., Villeval, J.-L., Fraser, C. C., Cavazzana-Calvo, M., & Fischer, A. (2003). A Serious Adverse Event after Successful Gene Therapy for X-Linked Severe Combined Immunodeficiency. New England Journal of Medicine, 348(3), 255–256. doi: 10.1056/NEJM200301163480314

Hsieh, C.-L., Goldsmith, J. A., Schaub, J. M., DiVenere, A. M., Kuo, H.-C., Javanmardi, K., Le, K. C., Wrapp, D., Lee, A. G., Liu, Y., Chou, C.-W., Byrne, P. O., Hjorth, C. K., Johnson, N. V., Ludes-Meyers, J., Nguyen, A. W., Park, J., Wang, N., Amengor, D., … McLellan, J. S. (2020). Structure-based design of prefusion-stabilized SARS-CoV-2 spikes. Science, 369(6510), 1501–1505. doi: 10.1126/science.abd0826

Karikó, K., Muramatsu, H., Welsh, F. A., Ludwig, J., Kato, H., Akira, S., & Weissman, D. (2008). Incorporation of pseudouridine into mRNA yields superior nonimmunogenic vector with increased translational capacity and biological stability. Molecular Therapy: The Journal of the American Society of Gene Therapy, 16(11), 1833–1840. doi: 10.1038/mt.2008.200

Luo, Q., & Qin, T. (2020). Managing clinical trials for covid-19: the importance of ethics committees. BMJ (Clinical Research Ed.), 369, m1369. doi: 10.1136/bmj.m1369

Mandal, P. K., & Rossi, D. J. (2013). Reprogramming human fibroblasts to pluripotency using modified mRNA. Nature Protocols, 8(3), 568–582. doi: 10.1038/nprot.2013.019

Monaco, E., Pisano, L., Nasato, L., Lorenzoni, G., Gregori, D., & Martinato, M. (2020). Ethics committees in the time of COVID-19. Epidemiologia & Prevenzione, 44(5-6 Suppl 2), 113–118. doi: 10.19191/EP20.5-6.S2.109

Pallesen, J., Wang, N., Corbett, K. S., Wrapp, D., Kirchdoerfer, R. N., Turner, H. L., Cottrell, C. A., Becker, M. M., Wang, L., Shi, W., Kong, W.-P., Andres, E. L., Kettenbach, A. N., Denison, M. R., Chappell, J. D., Graham, B. S., Ward, A. B., & McLellan, J. S. (2017). Immunogenicity and structures of a rationally designed prefusion MERS-CoV spike antigen. Proceedings of the National Academy of Sciences, 114(35), E7348–E7357. doi: 10.1073/pnas.1707304114

Pardi, N., Hogan, M. J., Pelc, R. S., Muramatsu, H., Andersen, H., DeMaso, C. R., Dowd, K. A., Sutherland, L. L., Scearce, R. M., Parks, R., Wagner, W., Granados, A., Greenhouse, J., Walker, M., Willis, E., Yu, J.-S., McGee, C. E., Sempowski, G. D., Mui, B. L., … Weissman, D. (2017). Zika virus protection by a single low-dose nucleoside-modified mRNA vaccination. Nature, 543(7644), 248–251. doi: 10.1038/nature21428

Pardi, N., Tuyishime, S., Muramatsu, H., Kariko, K., Mui, B. L., Tam, Y. K., Madden, T. D., Hope, M. J., & Weissman, D. (2015). Expression kinetics of nucleoside-modified mRNA delivered in lipid nanoparticles to mice by various routes. Journal of Controlled Release, 217, 345–351. doi: 10.1016/j.jconrel.2015.08.007

Pardi, N., & Weissman, D. (2017). Nucleoside Modified mRNA Vaccines for Infectious Diseases. Methods in Molecular Biology (Clifton, N.J.), 1499, 109–121. doi: 10.1007/978-1-4939-6481-9_6

Pattison, N. (2020). End-of-life decisions and care in the midst of a global coronavirus (COVID-19) pandemic. Intensive & Critical Care Nursing, 58, 102862. doi: 10.1016/j.iccn.2020.102862

Polack, F. P., Thomas, S. J., Kitchin, N., Absalon, J., Gurtman, A., Lockhart, S., Perez, J. L., Pérez Marc, G., Moreira, E. D., Zerbini, C., Bailey, R., Swanson, K. A., Roychoudhury, S., Koury, K., Li, P., Kalina, W. V., Cooper, D., Frenck, R. W., Hammitt, L. L., … Gruber, W. C. (2020). Safety and Efficacy of the BNT162b2 mRNA Covid-19 Vaccine. New England Journal of Medicine, 383(27), 2603–2615. doi: 10.1056/NEJMoa2034577

Reyes, M. (2020). Research in the Time of COVID-19: Challenges of Research Ethics Committees. Journal of the ASEAN Federation of Endocrine Societies, 35(1), 29–32. doi: 10.15605/jafes.035.01.07

Sahin, U., Derhovanessian, E., Miller, M., Kloke, B.-P., Simon, P., Löwer, M., Bukur, V., Tadmor, A. D., Luxemburger, U., Schrörs, B., Omokoko, T., Vormehr, M., Albrecht, C., Paruzynski, A., Kuhn, A. N., Buck, J., Heesch, S., Schreeb, K. H., Müller, F., … Türeci, Ö. (2017). Personalized RNA mutanome vaccines mobilize poly-specific therapeutic immunity against cancer. Nature, 547(7662), 222–226. doi: 10.1038/nature23003

Servick, K. (2020). Meet the company that has just begun testing a coronavirus vaccine in the United States. Science. doi: 10.1126/science.aal0686

Traore, O., Hugonnet, S., Lübbe, J., Griffiths, W., & Pittet, D. (2007). Liquid versus gel handrub formulation: a prospective intervention study. Critical Care (London, England), 11(3), R52. doi: 10.1186/cc5906

Vignot, S., Le Blaye, O., Fluckiger, L., Errard, S., Marin, B., & Chapel, E. (2020). [Clinical trials during pandemic crisis: How to ensure safety and maintain access to innovation]. Bulletin Du Cancer, 107(6), 617–619. doi: 10.1016/j.bulcan.2020.04.007

Yang, X.-H., Deng, W., Tong, Z., Liu, Y.-X., Zhang, L.-F., Zhu, H., Gao, H., Huang, L., Liu, Y.-L., Ma, C.-M., Xu, Y.-F., Ding, M.-X., Deng, H.-K., & Qin, C. (2007). Mice transgenic for human angiotensin-converting enzyme 2 provide a model for SARS coronavirus infection. Comparative Medicine, 57(5), 450–459.

 

Notes de bas de page

[1] https://www.ccne-ethique.fr/fr/actualites/enjeux-ethiques-de-la-prise-en-charge-et-de-lacces-aux-soins-pour-tous-en-situation-de?utm_source=phpList&utm_medium=email&utm_campaign=Covid-19+%3A+la+lettre+du+CRES+n%C2%B0+59+-+19+novembre+2020&utm_content=HTM

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/covid-19-tri-patients-reanimation-questions-ethiques-cellule-ethique-soutien-existe-soignants-1810508.html

[2] https://www.lelieuunique.com/evenement/questions-dethique-2020-lethique-a-lepreuve-de-la-pandemie/

https://www.espace-ethique.org/actualites/enquete-nationale-vivre-la-pandemie-au-domicile

[3]  Enquête Odoxa auprès de 3005 européens pour Le Figaro et France info http://www.lefigaro.fr/politique/coronavirus-les-francais-sont-les-plus-severes-d-europe-envers-leurs-dirigeants-20200510

[4] Vaccins Covid-19 : quelle stratégie de priorisation à l’initiation de la campagne ?https://www.has-sante.fr/jcms/p_3221237/fr/vaccins-covid-19-quelle-strategie-de-priorisation-a-l-initiation-de-la-campagne

[5]https://renaudguerin.net/posts/partie-2-explorons-le-code-source-du-vaccin-biontech-pfizer/

[6]https://www.statnews.com/2020/11/10/the-story-of-mrna-how-a-once-dismissed-idea-became-a-leading-technology-in-the-covid-vaccine-race/

[7]https://www.statnews.com/2020/11/10/the-story-of-mrna-how-a-once-dismissed-idea-became-a-leading-technology-in-the-covid-vaccine-race/

Partager sur Facebook

Postez votre commentaire

0
Restrictions sur les pièces jointes Seules les extensions de fichiers suivantes sont autorisées: bmp, csv, doc, gif, ico, jpg, jpeg, odg, odp, ods, odt, pdf, png, ppt, rar, txt, xcf, xls, zip 0 / 3
conditions d'utilisation.