Le vaccin : une « arme fatale » anti-COVID-19 ?

Partager sur Facebook

La vaccination contre la Covid-19 est une arme efficace contre le virus mais elle pose des questions éthiques majeures. Le professeur Bruno Marchou, infectiologue, propose de ne pas considérer le virus comme le seul responsable de la crise (Lire la suite)

 

image.png

Professeur Bruno Marchou, Maladies Infectieuses et Tropicales, CHU de Toulouse, France

 

 

 

 

 

 

 

 

Et si le coupable principal n’était pas celui qu’on pense ?

 

Comme pour toutes les maladies infectieuses dites "émergentes", le coupable n’est pas tant celui que l’on désigne comme bouc émissaire à savoir le "virus", que l’homme et ses activités : démographie exponentielle depuis le XXe siècle, exode rural et concentrations urbaines avec leur lot de promiscuité, de précarité et de pauvreté, migrations internationales qui se sont accrues de façon vertigineuse en intensité et en rapidité, au cours des 30 dernières années... le tout catalysé par les réseaux sociaux.

 

La crise économique ne sera pas résolue par un vaccin

 

Toutes les stratégies de lutte se sont polarisées sur le seul virus : à défaut de traitement curatif anti-viral, la seule solution n’est apparue que préventive : mesures barrières et bien sûr : vaccination !... laissant dans l’ombre toutes les conséquences autres que sanitaires. Le politically correct s’est retranché derrière le sanitarily correct.

 

Dans une vision apocalyptique, au sens de "révélatrice", la pandémie est venue révéler le "revers de la médaille" de nos sociétés modernes. Richard Horton écrivait dans The Lancet (September 26, 2020) : 

 

         Covid-19 is not a pandemic, it is a syndemic : A syndemic approach reveals biological and social intercation that are important for prognosis, treatment, and health policy. The economic crisis (…) will not be solved by a drug or a vaccine. Approaching Covid-19 as a syndemic will invite a larger vision, one encompassing education, employment, housing, food, and environment. 

 

Traduction de la rédaction : "La Covid-19 n’est pas une pandémie, c’est une « syndémie » : une approche syndémique révèle des interconnexions biologiques et sociales qui sont importantes pour le pronostic, le traitement et la politique de santé. La crise économique (…) ne sera pas résolue par un médicament ou un vaccin. Aborder la Covid-19 comme une syndémie invitera une vision plus large, englobant l’éducation, l’emploi, le logement, la nourriture et l’environnement".

 

vaccination-5884513 640

 

La vaccination est-elle une solution (éthique) ?

 

Pour une maladie dont le taux de mortalité est estimé à 0.5% (peut-être moins ?), une stratégie de vaccination "universelle" pose bien des questions...

 

Certes, on dispose d’éléments rassurants sur l’efficacité et la tolérance (à moyen terme) des nouveaux vaccins ARNm, mais le pari scientifique reste osé quand on envisage une vaccination à très grande échelle pour un vaccin qui reste une innovation technologique et pour lequel on manque de recul. Ce qui pose la question du choix des vaccins reposant soit sur une technologie classique : vaccin entier, inactivé ou vaccin sous-unitaire, protéique, soit sur une technologie "nouvelle" : vaccin ARNm (entouré de nanoparticules) ou vaccin utilisant des vecteurs viraux (réplicatifs ou non réplicatifs).

 

La disponibilité encore limitée des vaccins pose la question des populations prioritaires : certainement, les sujets adultes, toutes tranches d’âge confondues, présentant des facteurs de risque de faire une forme sévère (hypertendus, obèses, diabétiques, insuffisants cardiaques, respiratoires ou rénaux, immunodéprimés, etc.), parmi lesquels, bien sûr, des sujets âgés, sont les populations prioritaires. Mais se pose alors une question éthique majeure car ces sujets à risque se retrouvent autant dans les pays riches que dans les pays à faibles ressources économiques (soi-dit en passant, l’Afrique - hors l’Afrique du Sud - a été heureusement épargnée par la pandémie à l’instar de ce qui s’était passé lors des précédentes pandémies grippales).

 

L'immunité collective vaccinale sera-t-elle acquise avant la fin de l'extinction naturelle de la pandémie ?

 

Quid de la vaccination des soignants, des "VIP’s", voire des militaires dans certains pays ? Cette question est éminemment politique : à mon humble avis, jusqu’à avoir obtenu un contrôle de la situation, c’est le strict respect des mesures barrières (port systématique du masque et distanciation physique si non applicable : quand on est à table !) qui reste la meilleure des vaccinations contre la circulation du (des) virus.

 

Pour qu’il y ait pandémie (Grippe, VIH, Covid, etc.), le virus doit se transmettre de façon naturelle (respiratoire, ou sexuelle dans le cas du VIH par exemple) et être peu pathogène pour diffuser incognito dans des populations initialement non immunes, ce qui va lui permettre de s’adapter par le jeu des mutations : il s’ensuit une situation endémo-épidémique avec des vagues liées à des variants dont la "réussite" (contagiosité) se fera au prix d’une moindre pathogénicité. Se pourrait-il que l’on se trouve dans une course poursuite où l’immunité collective vaccinale soit acquise en fin d’extinction naturelle de la pandémie ?

 

 

En pratique

 

Toutes les mesures barrières ne sont qu’un frein à la diffusion du virus et la Covid-19 aura eu le mérite de remettre au goût du jour l’importance des mesures d’hygiène "à l’effigie d’Hygie", déesse mythique de la Santé (et de la Prévention).

 

Les vaccins sont là : on ne peut que s’en féliciter ! La priorité doit être donnée aux sujets à risque, tout en maintenant les mesures barrières de base jusqu’au retour à une situation de faible circulation virale.

 

Pour autant, on ne peut le faire au prix d’imposer des règles de prévention (lockdown) dont le prix socio-économique sera bien plus lourd que le prix sanitaire imputable au seul virus. La stratégie à l’échelle mondiale s’est appuyée sur une politique de "la Peur", diligentée par des avalanches quotidiennes de chiffres sans relief et pour répondre à une exigence de "transparence", comme un cône de lumière qui laisse la part belle à l’ombre qui l’entoure. Sans verser dans un complotisme naïf, on peut se poser la question : et si la COVID était l’opportunité de préparer le "monde d’après" ?

 

syringe-5057119 640

 

 

En conclusion

 

Nous n’étions pas prêts à affronter "l’inévitable" : une nouvelle pandémie. Il faudra revoir notre capacité à recevoir un afflux de patients comme cela vient de se produire avec la Covid-19. Le mot de la fin revient à Charles Nicolle qui écrivait, dans le Destin des Maladies Infectieuses, en 1930 :

 

Ce qui est nouveau, ce n’est pas la survenue d’une maladie (infectieuse) antérieurement inconnue, c’est cette survenue au sein d’un monde qui se croyait définitivement aseptisé, protégé et tranquille.

 

 

Vous aimerez aussi :

  1. Cellules iPS : la panacée des cellules souches ?
  2. Les défis de l'éthique face au bioterrorisme
  3. Faut-il avoir peur du transhumanisme ?
  4. Faut-il vacciner mon enfant ?
  5. De la confiance dans la relation de soin
Partager sur Facebook

Postez votre commentaire

0
Restrictions sur les pièces jointes Seules les extensions de fichiers suivantes sont autorisées: bmp, csv, doc, gif, ico, jpg, jpeg, odg, odp, ods, odt, pdf, png, ppt, rar, txt, xcf, xls, zip 0 / 3
conditions d'utilisation.